GP de Monaco 1972 de Jean-Pierre Beltoise

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GP de Monaco 1972 de Jean-Pierre Beltoise

Message par Modena49 le Mar 17 Juin - 0:38:00

Pilote Matra depuis 1965, Jean-Pierre Beltoise a rejoint BRM à la fin de la saison 1971. Dès Monaco, le "Froggy" renégat va faire triompher les couleurs anglaises. Et surtout remporter un superbe succès personnel.

Jean-Pierre Beltoise avait quitté Matra parce que Chris Amon y bénéficiait du statut de premier pilote avec le meilleur matériel. Le Manager de BRM, Louis Stanley, l'appela en plein nuit pour lui demander s'il voulait devenir champion du monde... Jean-Pierre signa chez BRM, dans l'espoir de revenir plus tard chez Matra.

A Monaco, quatrième Grand Prix de la saison, il était gonflé à bloc, ne craignant personne, seulement des binômes pilotes voitures, comme Fittipaldi-Lotus ou Stewart-Tyrrell

Les essais

Le vendredi, sur le sec, Beltoise signa le quatrième temps, derrière Fittipaldi (Lotus 72), Ickx et Regazzoni (tous deux sur Ferrari 312 B2). Amon sur la Matra était sixième. A l’époque la télémétrie n’existait pas et le français regardait les chronos des autres et pour voir où il perdait ou gagnait du temps, il se débrouillait pour démarrer derrière un concurrent. C’était en permanence, espionnage et contre-espionnage, mais dans une bonne ambiance. Il fallait se renseigner sur tout : untel a-t-il vraiment tel pignon en seconde ? Etc.

La séance du samedi eut lieu sur une piste mouillée et Jean-Pierre Beltoise ne fit que trois tours, le temps de s’assurer que tout fonctionnait sur sa voiture. Il avait carrément fait débrancher la barre anti-roulis avant contre l’avis des ingénieurs BRM. Il a aussi voulu supprimer les butées de braquage parce que, en cas de grosse glisse, il aurait besoin du contre-braquage maximal. Ses ingénieurs ne l’entendaient pas de cette oreille arguant du fait que les roues pouvaient frotter sur la coque mais Beltoise resta inflexible. Le soir en rentrant à l’hôtel, il croisa Stirling Moss qu’il connaissait à peine et ce dernier l’interpella pour lui dire : " Je t’ai vu au virage du Casino, tu es de loin le plus rapide ". Ce qui a bien sûr conforté Beltoise dans ses choix.

Après le départ, sous la pluie…

Au départ, Jean-Pierre Beltoise placé sur le coté droit était idéalement placé pour bien démarrer grâce à une partie de piste plus adhérente et moins souillée d’huile rattrapa les huit à dix mètres qui le séparaient des leaders. A Sainte Dévote, il doubla Ickx à l’intérieur pour passer en tête et ne plus la quitter. Roulant devant, il avait l’avantage de la visibilité, jusqu’au moment où il commençait à passer les attardés. L’écart entre la Ferrari de Ickx et la BRM de Beltoise se stabilisait entre 10 et 15 secondes suivant le temps perdu pour les dépassements qui avaient commencé très tôt (le premier doublé fut Beuttler dès le 6ème tour). Jackie Stewart entreprit de combler son retard sur les Ferrari. Passé en quatrième position après avoir pris le meilleur sur Gethin, il grignota petit à petit le retard qu’il avait sur Fittipaldi et réussi à prendre la troisième place au 31ème tour ; il se lança alors à la poursuite de Ickx mais, alors qu’il arrivait dans les roues de ce dernier, il fit un tête-à-queue.

Durant toute la course, Beltoise fut le seul à prendre l’épingle du Gazomètre à l’intérieur. Tout le monde prenait la trajectoire normale, mais il s’était vite aperçu qu’il y avait beaucoup d’adhérence à droite. Grâce au V12 BRM, pas très puissant mais très souple, il pouvait virer plus serré quitte à descendre plus bas en régime, et privilégier la relance, presque arrêté comme un dragster. Dans ce virage, les autres roulaient sur une piste de plus en plus souillée par l’huile et l’infortuné Clay Regazzoni, freinant trop tard alla tout droit taper contre les rails de sécurité.

Personne n’avait souvenir d’un Grand Prix disputé sous une pluie aussi intense. L’adhérence était si faible que moteurs, boîtes et freins étaient loin d’être utilisés au maximum de leurs possibilités. Jean-Pierre Beltoise déclara : "A un moment, il y avait tellement de flotte que quand je rattrapait une voiture, je me guidais grâce aux bas-côtés ! Pour savoir où freiner, je savais que je prenais par exemple 11 500 tours en cinquième normalement ; donc là, ne voyant rien, je prenais 11 450 et je freinais fort, pour ne découvrir le virage à prendre que pendant le freinage ! C’était chaud ! Heureusement, les Firestone résistaient très bien à l’aqua-planing".

Dépasser à tout prix

Si Jean-Pierre Beltoise n’avait pas enlevé ses butées, il aurait selon lui, perdu Monaco. Quand il rattrapa la McLaren de Hulme munie du Cosworth qui accélère mieux, il fut bloqué derrière pendant deux ou trois tours avec Ickx qui commençait à remonter derrière. Il fallait absolument passer. En voulant sortir vite du Gazomètre, Jean-Pierre Beltoise effectua un léger travers mettant la roue arrière gauche dans une trace d’huile, ce qui accentua son travers qu’il ne put rattraper que grâce à l’absence de butées de braquage.

Mais Beltoise connu encore d’autres frayeurs : "Je butais derrière la Surtees de Tim Schenken, je crois. Il ne me voyait pas, normal, on n’y voyait rien. Et pour le passer, j’ai attaqué à l’épingle de la Gare (Le Loews aujourd’hui) en me disant : si je le pique au freinage, il va refermer sur moi et là on reste sur place. Alors j’ai préparé mon coup, je suis sorti un peu vite de Mirabeau, je me suis jeté en travers à l’intérieur, nos roues se sont touchées de côté, ça l’a écarté un peu et tac ! je suis passé".

Au fil des tours, l’espoir commençait à prendre forme dans le clan français. La pluie tombait toujours avec violence et il faisait de plus en plus froid. "La course a duré un temps infini. En attaquant le dernière montée vers l’arrivée, je pensais que même si le moteur étouffait, je pourrais finir en roue libre, puisque même si la boîte bloquait, je pourrais passer la ligne en glissade". La perspective d’une victoire dans des conditions aussi difficiles aida Jean-Pierre Beltoise à conserver jusqu’au bout toute sa concentration. Puis ce fut une explosion de joie parmi les spectateurs. Il avait accompli un sans faute et en fut justement récompensé. Ce jour là, il a dominé tout le monde. Ickx, qui a relâché son effort sur la fin termina à 38 secondes, Fittipaldi fut troisième à un tour. Ce fut la seule victoire en Grand Prix de Jean-Pierre Beltoise et elle fut saluée comme un authentique triomphe.



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