Bons baisers de Kyalami

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Bons baisers de Kyalami

Message par dom465 le Mar 7 Jan - 10:49:52

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Le bon plan pour les fêtes de fin d’année ? L’Afrique du Sud. Du moins dans les années 60’, quand on était un pilote de Formule 1. Le long voyage austral ne faisait peur à personne tant on savait qu’il y aurait du soleil, du farniente, de belles filles et – quand même – quelques courses à la clé.

                                                                                                                                                                              Classic COURSES


Il ne faut pas s’y tromper : on parle actuellement de la longueur de plus en plus pesante des saisons de Formule 1, mais il y a cinquante ans, les pilotes n'avaient guère le temps de se reposer. Entre la F1 (en et hors championnat), la F2, l’endurance, les saloon-cars pour certains, l’emploi du temps des Clark, Hill, Brabham ou Surtees était plus que chargé : certains stakhanovistes du volant avouaient courir jusqu’à 48 week-ends par an ! Faites le compte et comparez : avec leurs quatre mois d’intersaison (où ils n’ont pas le droit de s’entraîner !) ajoutés aux trois semaines de congés payés en août, les pilotes 2013 ont nettement plus le loisir de prendre du bon temps que leurs aînés. Sauf qu’autrefois le bon temps, on le prenait là où il était. Et en fin  d’année, ça se passait en Afrique du Sud. Ca changeait un petit peu des courses sous la flotte dans le Kent ou le Northamptonshire !

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Les Sud-africains ont de tous temps adoré la course automobile. Leur problème était qu’ils ne pouvaient quasiment que se piquer au freinage entre eux tant l’éloignement avec le reste du monde était grand. Quelques épreuves mineures furent organisées de façon épisodique dans les années trente en vue d’attirer les lointains cousins, mais c’est surtout au début des 60’s que le RAC of South Africa décida de mettre le paquet pour faire venir les stars mondiales dans cette extrême pointe sud du continent. Le package primes-voyage-hébergement fut convaincant et la fine fleur de la Formule 1 d’obédience britannique débarqua en décembre 1961 pour une série de quatre courses-tests sur les circuits de Kyalami, Killarney et East London.

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Le succès fut tel que ces épreuves non officielles furent relayées l’année suivante par un Grand Prix d’Afrique du Sud comptant pour la première fois pour le championnat du monde. Se tenant à East London l’avant-veille du réveillon de la Saint-Sylvestre, il clôturait une saison qui vit Graham Hill coiffer sur le poteau un Jim Clark malchanceux sur cette course qu’il aurait du gagner aisément (1). Pour les « Sud-af », l’important était que la finale du championnat se fût déroulée chez eux, et que les pilotes européens aient apprécié ce mois de (presque) vacances passé à se prélasser sous le soleil en maillot sur les pelouses des ranchs mis à leur disposition, en regardant passer les belles filles avec le Pata Pata de Myriam Makeba (2) qui tournait en boucle dans leur tête.

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Au passage, la plupart d’entre eux ignoraient certainement que l’auteur de ce tube planétaire qui symbolisait de façon rapide et facile ce beau et riant pays était en réalité bannie de son « homeland » pour avoir dénoncé publiquement l’abomination du régime d’apartheid officiellement instauré par les Afrikaners dans le pays depuis 1948 . Mais l’heure n’était pas aux récriminations mal venues et tout le monde profitait à fond de cet intermède bienvenu : l’Afrique du Sud était la seule destination véritablement exotique pour les gens de la Formule 1.

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Ce fut donc la coutume jusqu’en 1968 : on passait le nouvel an sur les rives de l’Océan Indien à East London, ou sur les hauts plateaux de Kyalami. Le Grand Prix d’Afrique du Sud devint de fait la seule épreuve de course automobile à se tenir sur… deux années. Les essais débutaient en général le jeudi, donc fin décembre, et la course avait lieu le 1er ou le 2 janvier ! Pour les pilotes « springboks », c’était vraiment Noël ! Au volant de leurs monoplaces dépassées (3), ils avaient enfin l’occasion de, non pas se mesurer, mais de courir aux côtés des vedettes qui les faisaient rêver toute l’année. Les Doug Serrurier, Sam Tingle, David Prophet, Dave Charlton ou John Love ne vivaient presque que pour ce mois de décembre où ils allaient pouvoir croiser le fer avec des stars pas fières qui leur faisaient l’honneur de les reconnaître comme leurs pairs. Elles le pouvaient à moindre frais : ces braves pilotes locaux n’étaient franchement guère menaçants sur leurs bagnoles obsolètes. Pourtant en 1967, l’impensable, l’inimaginable fut à quelques petits tours de se produire : profitant de l’incroyable faillite de tous les leaders, le vétéran John Love (42 ans au compteur !) se retrouva en tête de son Grand Prix pendant douze tours ! Sur une vieille (et lourde) Cooper « Tasmane » au moteur 2,7 litres naturellement moins puissant que les 3 litres en vigueur ! Une pompe à essence défectueuse transforma cette délirante victoire en 2e place (4) mais l’essentiel fut que John Love resta à jamais  le seul pilote « local » à marquer des points en Grand Prix officiel et surtout à monter sur le podium !

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La tradition se perdit en 1969 où le calendrier fit déplacer le Grand Prix d’Afrique du Sud de la Saint-Sylvestre au début mars. Le réveillon se passerait désormais hors des circuits « à la maison », mais on continuerait à venir à Kyalami profiter avec délices de toutes les largesses mises à disposition. Jusqu’en 1985 où les consciences seront enfin plus fortes que les enjeux économiques et sportifs. La Formule 1 ne reviendra en Afrique du Sud qu’après la disparition du régime de l’apartheid (5) et les pilotes retrouveront le plaisir de passer quelques jours au bord des piscines ou sur les pelouses du Kyalami Ranch.


Pierre Ménard

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(1) Jim partit en tête et accrut son avance sur Graham tout au long de ce Grand Prix. Malheureusement, un écrou mal freiné sur son V8 Climax se desserra et laissa se vaporiser toute l’huile du moteur jusqu’à l’inéluctable serrage de celui-ci aux trois-quarts de la course.

(2) Pour les plus jeunes, ou ceux qui ne connaissent pas (il y en a ?), écoutez sur Youtube Pata Pata [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

(3) Dans ces années-là, certaines monoplaces britanniques (Lotus et Brabham principalement) terminaient leur carrière en Afrique du Sud, sous d’autres couleurs et aux mains de passionnés qui les menaient parfois jusqu’à un kilométrage important.

(4) Ce Grand Prix défiant toute logique sera gagné par Pedro Rodriguez sur une Cooper pas plus fringante, mais disposant, elle, d’un vrai 3 litres et surtout d’un réservoir assez grand pour terminer la course.

(5) Pour une très courte période, deux éditions en 1992 et 1993.



Légendes photos :

1- Saint-Sylvestre 1968 et cotillons à Kyalami pour Chapman, Brabham et Clark © LAT Photographic

2- Grand Prix du Cap 1962 à Killarney © DR

3- Départ du Grand Prix d’Afrique du Sud 1965 à East London © LAT Photographic

4- Réunion du GPDA au Kyalami Ranch en 1969. "Big Lou" Stanley n’a pas osé se mettre en maillot de bain © DR

5- John Love en route vers la gloire à Kyalami le 2 janvier 1967 © LAT Photographic

6- Sam Tingle sur sa LDS-Repco au Grand Prix d’Afrique du Sud 1968 © DR

7- Jim Clark dans sa toute dernière victoire, à Kyalami en 1968 © LAT Photographic

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