Saleté, coups de poing et lunettes brisées

Aller en bas

Saleté, coups de poing et lunettes brisées

Message par Modena49 le Lun 11 Fév - 14:00:03


Au début de juillet 1959, Reims fut l'hôte du 4e Grand Prix du championnat; cette course allait s'avérer une des plus exténuantes et excitantes de l'histoire de la Formule 1.

Suite à sa victoire de Monaco, ainsi qu'une seconde victoire à Zandvoort, Jack Brabham menait le championnat des pilotes avec Jo Bonnier et Tony Brooks à la tête de la meute en chasse. Cooper-Climax, grâce à Brabham, figurait au sommet du classement des constructeurs, mais l'ennemi à redouter fut Ferrari, et à Reims le manufacturier italien avait inscrit rien de moins que cinq voitures sur le très rapide et sinueux circuit de 13 kilomètres - des caractéristiques qui devaient leur convenir.

Les équipes et pilotes ont eu accès à la piste le mercredi, jeudi et vendredi, le samedi ayant été désigné comme journée de repos avant le Grand Prix du dimanche. Les voitures Ferrari furent à leur aise sur le tracé et le premier jour Brooks enregistra le meilleur temps, atteignant 300km/h. Personne ne put s'en approcher et le pilote se permit un repos le vendredi, les temps étant moins rapides vu les conditions météo plus chaudes. Le samedi, le mercure grimpa tellement qu'une course de 12 heures devant précéder le Grand Prix fut abandonnée.

Brooks, pour sa première saison avec Ferrari, s'installa à l'avant de la grille avec Brabham et l'Américain Phil Hill - également au volant d'une Ferrari - à ses côtés. Derrière, sur la deuxième ligne, attendait la BRM de Stirling Moss, flanqué par le français Jean Behra, avec Bonnier une rangée plus loin. Moss pilota si rapidement pendant les essais qu'il choisit de se lancer plus d'une fois sur une voie d'urgence plutôt que tenter un virage.

Déjà sur le tour de chauffe du dimanche, les pilotes décelaient un problème majeur : il faisait si chaud que la surface de la piste fondait et, en certains endroits, s'effondrait.

Brooks, au volant de sa Dino 426 au moteur monté à l'avant, signa le meilleur départ mais fut poursuivi de près par Moss, qui retarda brillamment son freinage à la première épingle pour capturer la seconde position, alors que la Cooper de Masten Gregory s'élança de la 3e ligne pour les rejoindre. A la fin du premier tour, Brabham avait glissé en 4e position.
Sur la grille de départ se jouaient déjà des drames puisque la Ferrari de Behra cala et dû être poussée pour démarrer. Ce fut une sale passe, surtout qu'il était en mauvais termes avec son équipe qu'il soupçonnait de l'avoir rétrogradé suite à l'arrivée de Brooks au début de la saison. On rapporta que Behra fut si mécontent qu'il se plaigna auprès des commissaires en insistant que Ferrari lui avait délibérément fourni une voiture inférieure.

"Je ne sais pas quel était le problème de Behra," Brooks se souvint. "Peut-être croyait-il qu'il aurait dû être désigné pilote numéro un. Pour ma part, j'ai rejoint l'équipe avec une entente selon laquelle j'aurais une voiture aussi bonne que celle des autres."

A l'avant de la course, Brooks avait le chemin libre, mais derrière lui les pilotes vivaient des moments difficiles. Mis à part la chaleur, ils étaient arrosés par la poussière et les débris d'une piste en train de désintégrer. Graham Hill fut forcé d'abandonner lorsqu'une pierre transperça son radiateur, et Gregory le suivit peu de temps après avec des coupures au visage. Harry Schell, qui termina 7e, et Brabham se sont arrêtés aux puits pour changer leurs lunettes fracassées. Pour rafraîchir leur pilote, un groupe de mécanos eurent l'initiative d'utiliser un bidon d'eau pour l'arroser.

Au 10e tour, un Behra, enragé, fonça de manière presque imprudente jusqu'à la 6e position, brisant le record du tour ce faisant; à la mi-course il attaquait Hill pour la deuxième place... Mais ses efforts furent de trop pour son moteur et peu de temps après il rentra lentement aux puits. Ce fut sa dernière course en F1. Bouillant de rage alors qu'il se sentait encore une fois trahi par Ferrari, il eut une discussion animée avec le patron de l'équipe, Romolo Tavoni, qui culmina en un coup de poing lancé par Behra; il fut congédié quasi sur-le-champ. Il se tua quatre semaines plus tard au volant de sa Porsche lors d'une course de soutien pour le Grand Prix d'Allemagne.

Les conditions difficiles sur la piste de Reims augmentèrent alors que Brooks maintenait toujours une position dominante à l'avant. Le pilote Maurice Trintignant roulait en seconde place mais un tête-à-queue le força de pousser sa voiture pour la redémarrer; Brabham saisit alors la seconde position brièvement avant d'être dépassé par Hill et ensuite Moss. Cependant, Moss, qui pilotait de façon superbe avant un bris de boîte de vitesse, établi le record du tour avant de caler son moteur. Malgré un état près de l'épuisement, il poussa sa voiture et termina 8e, seulement pour se voir disqualifier pour avoir obtenu de l'aide.
La victoire alla éventuellement à Brooks - "pilotant avec calme, assurance et autorité" rapporta le Times - avec Hill deuxième et Brabham troisième. Par la suite, Brooks avoua que la victoire fut plus serrée que l'écart de 28 secondes laissait croire. "A huit tours de la fin à peu près, l'accélérateur s'est bloqué et j'ai dû piloter cinq ou six kilomètres en allumant et coupant le contact," il expliqua aux journalistes. "Heureusement le problème s'est réglé mais c'était certainement désagréable à ce moment-là."

Incroyablement, plusieurs pilotes retournèrent sur la piste dans l'heure pour une course de F2 comptant 25 tours. Moss put se consoler avec une victoire au volant de la Cooper-Borgward de Rob Walker.

Brooks irait gagner son sixième et dernier Grand Prix un mois plus tard en Allemagne, mais termina deuxième derrière Brabham dans le championnat des pilotes de cette année-là. Si Ferrari eu participé au Grand Prix d'Angleterre - les voitures furent coincées en Italie par une grève - il aurait peut-être remporté le titre. Finalement, il quitta l'équipe à la fin de l'année, préférant conduire pour une écurie britannique tout en se concentrant sur la gestion de son entreprise de garages.

"Pour moi, Brooks est le plus grand pilote de course 'inconnu' qu'il y ait jamais eu," Moss écrira des années plus tard. "Je dis 'inconnu' car il était un homme si modeste qu'il ne devint jamais une vedette en tant que tel. Mais en tant que pilote, il était de la meilleure qualité."

Martin Williamson est le directeur de la rédaction, médias électroniques ESPN EMEA
© ESPN EMEA Ltd.
http://fr.espnf1.com/f1/motorsport/story/5290.html



**********************
Je n'ai jamais été un grand constructeur .
Je n'ai jamais rêvé de l'être.
Je reste un artisan provincial.

avatar
Modena49
ADMINISTRATEUR ÉMÉRITE
ADMINISTRATEUR ÉMÉRITE

Messages : 24968
Date d'inscription : 11/03/2008

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum