Comment pense un grand pilote

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Comment pense un grand pilote

Message par Modena49 le Mar 29 Jan - 4:24:43



La principale différence entre les grands pilotes et les bons pilotes se situe au niveau mental. Capables de supporter la pression d’un top team, d’enchaîner les 70 tours d’un Grand Prix à une cadence de qualification, de réfléchir à leur stratégie pour l’adapter aux circonstances de course, les virtuoses que furent Ayrton Senna et Michael Schumacher appartiennent bel et bien à la caste des intouchables ...

Adelaïde, 1995. Après la victoire de Damon Hill sur Williams-Renault, la F1 fête la fin d’une saison qui a vu le deuxième sacre chez les pilotes de l’Allemand Michael Schumacher.

Couronné dans une élite des pilotes orpheline de Prost et Senna, le gladiateur de Kerpen relèvera le défi Ferrari en 1996. Le Cavallino Rampante attend le sceptre mondial depuis 1979 et Jody Scheckter. S’il est utopique de croire à un titre dès 1996 pour Schumi avec l’écurie italienne, beaucoup saluent le panache du Kaiser qui marche ainsi sur les traces de Gilles Villeneuve, Nigel Mansell ou Alain Prost.

Retrouvant son futur coéquipier Eddie Irvine, l’Allemand se voit proposer une bière afin de sympathiser et de briser la glace. Mais le pilote Jordan se voit opposer un veto de la part du champion de Benetton ... Prenant un jus de pomme coupé à l’eau, Schumacher tend une belle perche à Irvine, qui n’en demandait pas tant: Tu es enceinte, Michael? lance le Nord Irlandais à son futur leader, lui portant l’estocade verbalement ...

Boutade, loin d’être innocente mais Schumacher,stakhanoviste en quête permanente de perfection,est obsédé par la diététique depuis son passage chez Mercedes. Formé par le gourou de Niki Lauda, Willy Dungl, le jeune espoir avait donc perdu douze kilos tout en se formant à la communication et à l’anglais, apprenant comme une éponge.

A Zolder en 1990, lors d’un dîner de saison, Michael était intéressé par tout le protocole entourant le dîner, l’argenterie, la disposition des innombrables couverts. Non pas que le fils du maçon de Kerpen ait l’intention de s’embourgeoiser, mais son intelligence redoutable lui fait sélectionner l’information, et la mémoriseravec la même efficacité qu’un champion d’échecs ... Car il savait que cela pourrait lui servir un jour, lui, l’élève médiocre, le cancre qui détestait apprendre dans un cadre scolaire.

L’intelligence pratique de Schumacher se manifesta dès ses débuts en 1991. En Belgique, sur le toboggan des Ardennes, l’espoir allemand avait rejoint Jordan avec un vélo, ce qui lui permit d’apprendre le circuit à deux roues, avant de crever l’écran à quatre roues sur le juge de paix wallon. Deux semaines plus tard, après le navrant épisode du Villa d’Este orchestré par Bernie Ecclestone, Benetton et Flavio Briatore avaient arraché le diamant à Eddie Jordan, pour le plus grand bonheur de Willi Weber et Jochen Neerspach. Leur protégé, en une seule course, venait déjà de gravir une marche supplémentaire le séparant de la gloire ...

L’Allemand savait tout faire, comme Prost ou Senna avant lui: courir en épicier, dépasser, piloter sous la pluie, préserver le matériel, atteindre la limite, fédérer tout un garage derrière lui...

La seule erreur de l’Allemand fut politique, ne se mettant à apprendre l’italien qu’en 2000, quand Rubens Barrichello voulut séduire les tifosi en s’exprimant dans la langue de Dante lors de la présentation de la F1-2000, en janvier 2000. Voulant être apprivoisé rapidementpar Ferrari, le Pauliste ne confirma pas son avantage linguistique sur la piste, éclipsé par le maestro allemand jusqu’en 2005. Dix ans plus tard, en 2010, Fernando Alonso déménagea du lac Léman vers Lugano afin de se rapprocher de Maranello, suite à son transfert chez Ferrari. Le message de l’Espagnol était clair: lui s’intégrerait bien mieux que son prédécesseur à la Scuderia, Kimi Räikkönen, alias Iceman.

En 2002, ayant rejoint Fangio au pinacle du sport automobile avec cinq titres mondiaux, Michael Schumacher se vit reprocher par Jackie Stewart son repli sur soi: vie monacale en Suisse en famille à Vufflens-le-Château, vacances anonymes près des fjords de Norvège ou dans les grands parcs américains (Yosemite, Redwood, Yellowstone ...).

L’Ecossais vante ses dîners avec Roman Polanski ou le roi de Jordanie. Schumacher fuit les mondanités mais donne tant à la F1, sacrifiant ses heures au maintien de son hégémonie ... Professionnel jusqu’au bout des ongles, l’Allemand a exigé une salle de musculation en 1996 en débarquant en Italie, révolutionnant la vie chez Ferrari.

Virtuose de la vitesse, Ayrton Senna fut très vite comparé aux plus grands as du passé, les Nuvolari, Fangio, Clark, Rindt et autres Peterson. A Detroit en1986, son ingénieur chez Lotus,Bruno Mauduit fit l’expérience de l’incroyable mémoire du Brésilien. Tel un ordinateur, le natif de Sao Paulo fut capable de disséquer un tour complet parcouru à vive allure dans son bolide noir et or, persuadant ensuite son ingénieur de changer le setup.

En 1990, Senna accueillit Gerhard Berger chez McLaren par un cadeau empoisonné: le nouvel ingénieur Giorgio Ascanelli, que l’Autrichien avait amené de Ferrari, travaillerait avec le Brésilien! Conscient de cet avantage pour Berger, Senna décida de lui couper l’herbe sous le pied sans prendre aucun risque...

A Montréal en1992, Senna se retrouva trahi par sa monture. Sur le circuit Gilles-Villeneuve, le triple champion du monde se retrouve prèsde MartinBrundle, dont la Benetton est également meurtrie. Constatant que son coéquipier Gerhard Berger se bat en tête de course face à Michael Schumacher, l’autre pilote Benetton, le leader de Woking se met à tourner autour de la B192 de Brundle. Surpris, l’Anglais ne comprend que quelques secondes ce qui a provoqué en Senna un réflexe digne de l’Eureka d’Archimède ... Parlant à la radio à Ron Dennis, le Brésilien informe la passerelle de commandement de l’état des pneus de Brundle, données précieuses puisque Schumacher rencontrera sans nul doute la même usure de ses gommes ...

Avant d’être la clé de voûte de la Scuderia Ferrari dans les années 70,Niki Lauda dut se défaire du guêpier March en 1972. Coéquipier du redoutable Ronnie Peterson (dauphin de Jackie Stewart en 1971), le jeune Viennois fut le seul à comprendre que la F1 était un ratage intégral. Mais sa parole ne pesait pas bien lourd face à celle du génial Suédois ni à celle de Robin Herd, cerbeau de l’écurie britannique. En 1973, Lauda rejoignit BRM, écurie dirigée par Louis Stanley. Cette nouvelle saison en F1 était un quitte ou double pour le jeune Autrichien. Soit sa carrière décollait, soit il n’avait qu’à retourner dans l’oubli, lui qui s’était coupé de son clan, la très bourgeoise famille Lauda dirigée par un grand-père qui avait ainsi toisé Niki: Un Lauda doit voir son nom apparaître dans les pages financières d’un journal, pas dans la rubrique sportive.
Aux yeux de son petit-fils, Ernst Lauda avait franchi le Rubicon ...

Privé des ressources familiales, le jeune pilote avait donc une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête: sans argent, il était dans l’obligation de réussir. Croulant sous les dettes, engagé comme pilote payant chez BRM aux côtés de Clay Regazzoni et Jean-Pierre Beltoise, Lauda se retrouve le couteau sous la gorge. Il n’a plus le soutien des banques, qui, c’est bien connu, ne prête qu’aux riches.
Bien qu’issu d’un milieu fortuné, le Viennois était retombé parmi la plèbe. Avec un aplomb incroyable, Niki Lauda usurpe le logo de la Raiffensenbank pour faire croire à Louis Stanley qu’il a derrière lui un mécène ...
Malgré cette pression, cette véritable chape de plomb, il ne reste plus à l’Autrichien qu’à réaliser un exploit capable de changer son destin et de lui offrir une manne providentielle. Ce sera chose faite dès 1973 à Monaco: Louis Stanley l’engage comme pilote rémunéré, tandis que de l’autre côté des Alpes, le Commendatore Enzo Ferrari a remarqué le talent du jeune Niki, retranchéderrière son poste de télévision dans son sanctuaire de Maranello.

A Budapest en1998, l’état d’esprit de MichaelSchumacher fut particulièrementremarquable. L’Allemand, battu à plate couture à Hockenheim deux semaines plus tôt par les McLaren, ne vint pas sur le circuit magyar en se lamentant. Pas plus qu’il ne mit à rêver de piloter la flèche d’argent en course, ou que la Ferrari progressât d’un coup d’un seul.
Non, il se mit au travail pour gagner avec ce qui était à sa disposition. Et il sortit vainqueur le dimanche, au terme d’un Grand Prix exceptionnel, chef d’oeuvre tactique où l’Allemand tutoya aussi la perfection derrière le volant, enchaînant les tours à une cadence digne d’une séance de qualification!

En Corée du Sud en 2010, Sebastian Vettel montra une incroyable maturité à seulement 23 ans. Victime d’une casse mécanique, Baby Schumi se retrouvait à 25 points de Fernando Alonso, vainqueur sur KO ce jour là.
Et le stand Red Bull fut le témoin d’une scène incroyable ... Alors que ce sont habituellement les mécaniciens qui consolent un pilote dans ces moments particulièrement cruels, l’inverse se produisit, Vettel remobilisant les troupes avec une énergie implacable, vers l’objectif à atteindre, la quête du Graal fixé par Dietrich Mäteschitz, Adrian Newey, Helmut Marko et Christian Horner: la couronne des pilotes ... Lauréat à Interlagos puis à Abu Dhabi, Vettel exauça les voeux de Red Bull, coiffant sur le poteau le champion espagnol.
par AxelBorg

http://www.sportvox.fr/article.php3?id_article=30239



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Re: Comment pense un grand pilote

Message par dom465 le Mar 29 Jan - 9:07:33

C'est clair, la marque des tout grands, c'est dans la tête qu'elle se trouve !



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