Kyalami 85, apartheid, boycott et business

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Kyalami 85, apartheid, boycott et business

Message par Modena49 le Sam 19 Jan - 4:54:02

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En octobre 1985, alors qu’Alain Prost étrennait son premier titre mondial à Kyalami, en Afrique du Sud, une polémique éclata pour demander le boycott du Grand Prix organisé sur les hauteurs de Johannesburg.
Gangrené par l’apartheid, régime de segrégation raciale, l’Afrique du Sud était au ban des nations en 1985.

Comme pour lesJeux Olympiques de Berlin en 1936, comme pour la Coupe du Monde de football en 1978 en Argentine,la politique s’invita dans le domaine sportif, les demandes deboycottsubissant un effet boule deneige pour le Grand Prix de Formule 1d’Afrique du Sud 1985.

Le pays était tristement connu pour la détention du plus célèbre prisonnier politique du monde. Leader de l’ANC, Nelson Mandela était emprisonné depuis 1962. De 1964 à 1982, le matricule numéro 46 664 avait été incarcéré dans la terrible prison de Robben Island. Le 11 février 1990, Mandela était libéré. Il devenait président de l’Afrique du Sud en 1994, succédant à Frederik de Klerk, avecqui il avait partagé le Prix Nobel de la Paix en 1993.

Privée de Jeux Olympiques jusqu’auxJeux d’étéde Barcelone en 1992, de Coupe du Monde de rugby jusqu’en 1995, l’Afrique du Sud restait toutefois dans le concert du sport mondial grâce à son Grand Prix de Formule 1.

Et en 1974, au plus fort de la politique d’apartheid, l’Afrique du Sud gagna la Coupe Davis de tennis par forfait. Pour manifester son opposition envers le régime de l’apartheid, l’équipe nationale de tennis d’Inde déclara forfait, laissant ainsi l’Afrique du Sud gagner sur tapis vert ... La sélection indienne ne se rendit même pas en Afrique du Sud, en signe de protestation.

En 1962, le circuit d’East London avait accueilli pour la première fois les bolides et les gladiateurs de la vitesse, Graham Hill inaugurant le palmarès de l’épreuve. Puis, le circuit de Kyalami, à proximité de Johannesburg, avait pris le relais, à partir de 1967. Quant à Jody Scheckter, pilote sud-africain, il avait remporté dix victoires durant sa carrière, parachevée par un titre mondial en 1979 avec la Scuderia Ferrari, alors qu’il était le coéquipier du virtuose pilote québécois Gilles Villeneuve.

En octobre 1985, Kyalami est censé accueillir le quinzième Grand Prix du championnat du monde de F1. Mais les menaces de boycott se multiplient partout en Europe...

Dans le pays, la situation est critique. Bien que l’apartheid soit en vigueur depuis 1948, la discrimination s’amplifie. Sous la présidence de Pieter Botha, l’ANC appelle à rendre les townships ingouvernables. Créés par les afrikaners au pouvoir, les townships sont des ghettos où la population noire est contrainte de vivre, en périphérie des grandes agglomérations. Soweto (South Western Township), à Johannesburg, est le plus célèbre township du pays. Après l’appel de l’ANC, le gouvernement fédéral de Pretoria déploie 35 000 soldats dans ces bidonvilles. S’en suivent 1 000 décès ... L’ONU, à l’initiative de sonsecrétaire général, le PéruvienJavier Perez de Cuellar, impose de nouvelles sanctions économiques au régime de Pretoria. Pieter Botha refusait de démanteler l’apartheid en donnant le droit de vote aux Noirs.

L’Etat Français, via le Président de la RépubliqueFrançois Mitterrand, le Premier Ministre Laurent Fabiuset le ministre des Affaires Etrangères Roland Dumas,demandeaux écuriesLigier et Renault de ne pas se rendre à Kyalami. Ligier et Renault suivent ce mouvement de boycott. Concernant le boycott de l’écurie Ligier, les liens d’amitié qui unissent François Mitterrand et Guy Ligier expliquent facilement le choix de ce dernier. Pour Renault, le boycott est anecdotique puisque l’écurie, victime de la trésorerieexsangue du groupe français, va se retirer fin 1985. Toutefois, cela n’avait pas empêché Gérard Larrousse de nouer des contacts avec un certain Niki Lauda, triple champion du monde en disgrâce avec McLaren TAG Porsche, quelques mois auparavant lors d’un petit déjeuner au Crillon.

L’écurie allemande Zakspeed suit le mouvement, et boycotte l’épreuve sud-africaine, à l’initiative du gouvernement de Bonn,dirigé par le chancelier Helmut Kohl.

En ce qui concerne l’Etat français, le contexte politique est tendu, le gouvernement socialiste ne peut se permettre un nouveau scandale ... En 1984, après le taulée de la réforme Savary sur l’école privée, Laurent Fabius a succédé à Pierre Mauroy à Matignon. Fabius instaure une rigueur économique qui tranche avec les promesses de 1981. Pire, en juillet 1985, l’image de la France est écornée à travers le monde,à la suite del’affaire du Rainbow Warrior. Ce bateau de l’organisation Greenpeace est coulé par la DGSE en baie d’Auckland. Deux morts sont à compter pour cette bavure des services de contre-espionnage français. Le scandale du Rainbow Warrior se termine par la démission en septembre 1985 du ministre de la Défense, Charles Hernu. Si bien qu’en octobre 1985, l’Etat veut absolument éviter d’écorner un peu plus l’image de la France dans le monde, et se positionne ainsi en fer de lance du boycott anti-apartheid à l’occasion de ce Grand Prix de Formule 1. Mais à l’intérieur de l’Hexagone, ce sera toutefois insuffisant pour empêcher la victoire de la droite au printemps 1986, aux élections législatives,qui mèneront le chef de l’opposition, JacquesChirac, à Matignon pour la première cohabitation de l’Histoire de la Ve République.

Alain Prost, sacré champion du mondedeux semaines plus tôt dans le Kent, à Brands Hatch, fut férocementcritiqué pour avoir suivi son employeur, l’écurieMcLaren TAG Porscheà Johannesburg.

Autres pays impliqués dans les sanctions internationales envers l’Afrique du Sud, le Brésil, qui invita Nelson Piquet (Brabham BMW) et Ayrton Senna (Lotus Renault) à boycotter la course. Mais Senna suivi la décision de son employeur, et disputa le Grand Prix.
La Finlande et la Suède demandèrent à leurs représentants, parmi les pilotes, Keke Rosberg (Williams Honda) et Stefan Johansson (Ferrari) de ne pas courir ce Grand Prix. Mais les deux champions scandinaves se présentèrent au départ de la course, le samedi 19 octobre.

A l’écart des pilotes, les journalistes européens couvraient l’exécution imminente de Benjamin Moloïse, poète noir condamné à mort, cedont les journaux locaux ne parlaient pas... La justice sud-africaine n’appliqua aucune clémence, malgré la médiatisation de l’exécutionen Europe. Benjamin Moloïse fut ainsi exécuté le vendredi 18 octobre 1985, la veille du Grand Prix ... Emprisonné à Pretoria, le poète et militant anti-apartheid, accusé d’avoir tué un policier, fut exécuté par pendaison à cinq heures du matin.

L’édition 1985 du Grand Prix d’Afrique du Sud fut doncremportée par Nigel Mansell (Williams Honda) devant son coéquipier Keke Rosberg et Alain Prost (McLaren TAG Porsche). Avec cette deuxième victoire parmi l’élite des pilotes, Nigel Mansell quittait le statut de second couteau,à l’heure où son futur coéquipier chez Williams Honda, le double champion du monde brésilien Nelson Piquet, avait déjà signé son contrat pour 1986 alors que Keke Rosberg remplacerait Niki Lauda, parti enretraite, chez McLaren TAG Porsche, aux côtés d’Alain Prost, nouveau roi de la discipline.Quelques jours après ce Grand Prix, Jean-Marie Balestre annonçait que la F1 ne retournerait plus en Afrique du Sud.Dès 1986, la FIA retirait doncKyalami du calendrier mondial, suivant le mouvement de sanctions contre le régime afrikaner. De nouveaux circuits faisaient leur apparition. Jerez de la Frontera, en Andalousie, pour le retour du Grand Prix d’Espagne au calendrier (la dernière édition datant de 1981 à Jarama), et Budapest, pour le premier Grand Prix de Hongrie de l’Histoire du championnat du monde.

En 1987, le footballeur néerlandais Ruud Gullit,élu Ballon d’Or européen sous les couleurs du Milan AC, dédiait son trophée àNelson Mandela.

Suite à l’abolition de l’apartheid, le Grand Prix d’Afrique du Sud revenaitau calendrier mondial en 1992 et 1993.Pilotes chezWilliams-Renault, Nigel Mansell et Alain Prost furent respectivementles derniers vainqueurs sur le circuit de Kyalami.

Le pays de Nelson Mandela reviendra dans le concert des nations par l’organisation de trois évènements majeurs du sport international: la Coupe du Monde de rugby en 1995, la Coupe d’Afrique des Nations de football en 1996 et la Coupe du Monde de football en 2010. Remportant les deux premiers évènements avec les Springboks puis les Bafana Bafana, l’Afrique du Sud ne verrait pas le proverbe jamais deux sans trois dicter sa loi en 2010, l’Espagne succédant à l’Italie au palmarès de la Coupe du Monde de football, tandis que l’équipe sud-africaine était sortie au premier tour par l’Uruguay et le Mexique.

Quant à Jody Scheckter, unique pilote sud-africain sacré champion du monde (en 1979 avec la Scuderia Ferrari, en tant que coéquipier de Gilles Villeneuve), il n’a jamais été remplacé au pays de Mandela ...

par AxelBorg
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circuits de légende Kyalami, saga Africa

Message par Modena49 le Sam 26 Oct - 1:26:24

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Aménagé sur un plateau situé à 1.800 mètres d’altitude, le circuit de Kyalami est construit le 4 novembre 1961. Basé à 20 km de Johannesburg, le tracé sud-africain reçoit sa première course de Formule 1 en 1967 et se pose immédiatement comme l’un des plus rapides du calendrier. Mais les disparitions tragiques de Peter Revson (en essais en 1974) et de Tom Pryce (en course en 1977), conjuguées à l’image désastreuse de la politique d’apartheid menée par le gouvernement, auront finalement raison du rendez-vous le plus exotique du championnat.

Sevré de Formule 1 depuis 20 ans maintenant, le continent africain a pourtant entretenu une relation étroite avec la catégorie reine. Après le bucolique tracé d’East London, hôte du Grand Prix d’Afrique du Sud en 1962, 1963 et 1965, la F1 s’implante à Kyalami à l’aube de la saison 1967. Niché sur un plateau situé à 1.800 mètres d’altitude, le circuit, inauguré le 4 novembre 1961, est un mélange de virages moyens et de courbes ultra rapides. Ses dénivelés importants, son climat favorable et son cadre exotique vont en faire l’un des rendez-vous les plus prisés du microcosme de la F1.

Crowthorne, Barbeque, Jukskei Sweep, Clubhouse, The Esses, Leeukop ou encore The King : telles étaient les appellations des huit virages qui jalonnaient les 4,104 km du tracé sud africain. Tous représentaient un défi pour les pilotes, un pur moment d’adrénaline où les pieds droits les plus lourds rayonnaient sans pareil. L’interminable et ondulée ligne droite des stands ponctuait avec brio le charme d’une piste qui allait réserver des courses mémorables de par leurs scénarios et les tragédies qui les ont entachées.

De retour en Afrique du Sud en 1967 après deux ans d’absence, la Formule 1 ouvre la 18ème saison de son histoire dans le pays cher à Nelson Mandela. Inhabituellement disputée le dimanche du jour de l’an, la qualification voit l’Australien Jack Brabham signer la première pole position de l’histoire de Kyalami. Bien que monopolisant la première ligne (avec son équipier Denny Hulme), les Brabham ne parviendront pas à empêcher la première victoire du Mexicain Pedro Rodriguez qui offrait au passage un ultime succès à Cooper.

Shadow of the dark

Organisée le 1er janvier l’année suivante, toujours un lundi, l’épreuve sourit cette fois à Jim Clark qui l’emporte pour la 25ème fois de sa carrière avant de périr quelques semaines plus tard lors d’une banale course de F2 à Hockenheim. Épargné par les catastrophes en dépit de son caractère véloce et de ses dégagements étroits, le circuit de Kyalami passe tout près d’un premier drame en 1973.

Auteur d’un envol prodigieux depuis sa 13ème place sur la grille, le régional de l’étape Dave Charlton, alors septième, perd le contrôle de sa Lotus à la sortie de Crowthorne dans le troisième tour et heurte Mike Hailwood. Si tout le peloton parvient à éviter les deux voitures en travers, Clay Regazzoni n’a pas cette chance et percute de plein fouet la Surtees de l’Anglais. Prisonnier dans l’incendie de sa BRM, le Suisse doit son salut à l’héroïsme et au courage du Britannique qui n’hésitera pas à braver les flammes pour sauver l’ancien pilote Ferrari.

Victime d’une rupture de la suspension de sa Shadow lors des essais libres de l’édition 1974, Peter Revson n’aura pas la même veine. Sorti de la piste au virage Barbecue, l’Américain vient se fracasser contre les barrières de sécurité. Totalement démantibulée, la voiture prend instantanément feu et scelle le sort de l’héritier de l’empire cosmétique Revlon. Le brillant succès de l’enfant du pays, Jody Scheckter, l’année suivante ne parviendra pas réellement à effacer ce douloureux souvenir. Pire, Kyalami est de nouveau frappé par une tragédie en 1977. Obligé de stopper sa Shadow sur les bas-côtés de la ligne droite des stands en raison d’un ennui mécanique, Renzo Zorzi va être l’instigateur malheureux du décès de son équipier Tom Pryce.
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Désireux lutter contre les flammes qui jaillissent de la monoplace de l’Italien, deux commissaires traversent inconsciemment la piste sans prêter attention à l’arrivée des autres voitures. Si le premier parvient à rejoindre l’autre côté de la ligne droite des stands, son acolyte est moins chanceux et se voit cruellement fauché par l’autre Shadow de Tom Pryce. L’homme est tué sur le coup tout comme le pilote anglais, frappé à la tête et décapité par l’extincteur du commissaire. Le monde de la F1 est sous le choc mais n’abandonne pas son escale sud-africaine.

Boycott et lutte de pouvoir

En 1981, la guerre entre la FISA (Fédération Internationale du Sport Automobile) et la FOCA (Formula One Constructors association) est à son comble et conduit à la désertion des équipes légalistes. L’épreuve, amputée notamment de Ferrari, consacre l’Argentin Carlos Reutemann sur Williams. Un an plus tard, le week-end sud-africain est une nouvelle fois perturbé par des clivages entre l’alliance FISA-FOCA et les pilotes. Refusant de s’astreindre aux règles de la super-licence, ces derniers décident de boycotter l’épreuve. Réunis au Sunnyside Park Hotel de Johannesburg, les Pironi, Lauda, Patrese et autres Villeneuve font front tous ensemble. Après une folle nuit passée dans des sacs de couchages, les pilotes reprennent les négociations au petit matin et obtiennent finalement gain de cause.

La course sera remportée par Alain Prost et confirmera l’hégémonie du moteur turbo sur le moteur atmosphérique en raison de l’altitude. Après avoir accueilli la Formule 1 à 18 reprises, le grand Kyalami est abandonné en 1985 à cause de l’apartheid. La dernière course voit Nigel Mansell s’imposer dans un climat singulier en raison du boycott de nombreuses télévisions. De retour au calendrier du championnat du monde en 1992, le Grand Prix d’Afrique du Sud se dispute toujours à Kyalami, mais sur un tracé profondément remanié. Tout le charme de la configuration d’origine est bafoué au profit d’un tracé lent et sinueux qui réussira aux Williams-Renault (victoire de Mansell en 1992 et de Prost en 1993).

Mais la faillite du promoteur conduira finalement à son abandon définitif. La page africaine de la Formule 1 se tourne pour de bon. Kyalami, 'ma maison' en Swahili (langue bantoue de l’Afrique de l’Est), est laissé à l’abandon et ne reprendra vie que lors de la manche inaugurale de l’hypothétique série Grand Prix Masters en 2005.
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