Flavio Briatore, bourreau du team Ligier

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Flavio Briatore, bourreau du team Ligier

Message par Modena49 le Sam 19 Jan - 1:27:25

Au début des années 90, Guy Ligier ne sait plus par quel bout prendre la F1. Ses monoplaces, aux avants-postes dix ans plus tôt, se traînent désormais lamentablement en fond de grille. Le fondateur de l’écurie française se résoud donc à vendre son team en 1992 à Cyril de Rouvre. Soit le début de la fin.

L’espoir renaît

Cyril de Rouvre, patron du team AGS de 1989 à 1991, prend les rênes du team Ligier début 1992. Bien que n’ayant rien prouvé avec AGS, l’entrepreneur attaque le problème par le bon bout. Obtenant de Renault la fourniture de son V10, il réussit à instaurer une stabilité technique qui faisait défaut aux bleus depuis fin 1986. Et pour la première fois depuis 1989, l’écurie marque de nouveau des points, six en tout. La moisson reste néanmoins assez maigre, surtout comparée à la supériorité écrasante des Williams-Renault, équipée du même moteur. Mais De Rouvre va faire ce que Guy Ligier était incapable de réaliser. Conscient de l’intérêt des teams McLaren et Benetton pour le V10 Renault, le patron du team français négocie un partenariat technique avec l’écurie Williams, en échange de la conservation du moteur français. Franck Williams n’hésita pas, et sauta sur l’occasion. Dès lors, la JS39 bénéficia de la boite semi-automatique et du système d’antipatinage des FW15. De plus, il bouscula les traditions de Ligier en congédiant l’inefficace duo de pilotes Erik Comas/Thierry Boutsen par une paire 100% britannique (une première pour l’équipe!) composée de Martin Brundle et Mark Blundell. Avec 23 points marqués et une 5ème place mondiale, Ligier réalise sa meilleure saison depuis 1986. Et on croît surtout au retour du team au premier plan, mais l’optimisme sera de courte durée. Cyril de Rouvre, empêtré dans de sombres ennuis judiciaires, est contraint d’abandonner ses activités en F1. La JS41, dont les plans sont achevés, ne peut pas être fabriquée, et les ingénieurs doivent retravailler dans l’urgence la JS39, toujours propulsé par un bloc Renault. En coulisses, Flavio Briatore se pose comme candidat au rachat du team, tout comme Alain Prost (déjà intéressé en 1992) ou Philippe Streiff. Mais le directeur de Benetton aura finalement le dernier mot, car adoubé par Bernie ecclestone et Max Mosley. Au court de cette saison mouvementée, le duo français composé par Olivier Panis et Eric Bernard composera comme il le pourra, décrochant tout de même les 2ème et 3ème places au GP d’Allemagne.

Le début de la fin

En devenant propriétaire de Ligier, Flavio Briatore s’ouvre les portes du V10 Renault pour 1995. Voici donc le premier enseignement du rachat de l’écurie par Briatore. Et pour sa première saison, on se dit que le manager italien est vraiment préoccupé du sort de sa nouvelle acquisition. Bâtie en étroite collaboration avec le team Benetton, et bien que privé du moteur Renault au profit d’un V10 Mugen-Honda, la JS41 se montre performante et signe deux podiums, égalant ainsi le classement de 1993 grâce à Olivier Panis et Martin Brundle. Ayant placé Tom Walkinshaw à la tête du team, Briatore semble se désintéressé de la gouvernance de Ligier en 1996. En fait, la seule fois où l’on verra l’Italien sur le pont de l’écurie sera à Monaco, où, après l’abandon de la Benetton-Renault de tête de Jean Alesi, Briatore marquera un intérêt particulier à la Ligier-Mugen-Honda d’Olivier Panis lui ayant succédée. Malgré tout, la volonté du propriétaire est bien de vendre l’écurie, promise pendant longtemps à Tom Walkinshaw. Mais la volonté de ce dernier de délocaliser l’écurie en Grande-Bretagne provoque une vive agitation en France. Walkinshaw abandonne et misera sur le team Arrows. La seule option viable se trouve donc du côté d’Alain Prost, pourtant blacklisté par Max Mosley et Bernie Ecclestone. Soutenu par le ministre de la Jeunesse et des Sports, Alain Prost acquiert Ligier fin 96, et au prix fort, la victoire de Panis ayant fait grimper sa valeur. De son côté, Ecclestone ne fit aucun effort pour avantager le repreneur français. Mais qu’importe, Alain Prost est celui, pense-t-on, qui garantira l’avenir de l’écurie "Bleue de France".

Les révélations de la presse française

Jusqu’ici, l’histoire est mouvementée mais pas anormale dans le milieu de la F1. Mais l’échec de Prost Grand Prix a suscité de nombreuses interrogations, d’autant que les récents éléments concernant Flavio Briatore, et les déclarations du duo Jean Alesi/Gerhard Berger ont soulevé de nombreuses interrogations sur la gestion du team Ligier durant la période 1994-96. Déjà, les conditions du rachat de l’écurie sont sujettes à de nombreuses interrogations. Tom Walkinshaw était déjà actionnaire de Ligier du temps de Cyril de Rouvre, à hauteur de 15%. Et l’Anglais a fourni à Briatore les deniers nécessaires à l’acquisition du team, avec la promesse de récupérer les rênes de l’écurie. Mais l’opération ayant échoué, Walkinshaw a perdu beaucoup dans l’opération, en somme son investissement dans l’écurie ainsi que la plus value qu’en a tiré Flavio Briatore. Deuxième élément troublant, le budget de Ligier;troisièmebudget du plateau derrière McLaren et Ferrari avec 250 millions de francs en 1994, le team n’est utilisa que 100. En 1995, une fois encore Ligier ne dépensa que 100 millions de francs, alors que le budget de l’écurie atteignait les 220 millions. En 1996, l’écurie fit appel à un pilote "payeur" en la personne de Pedro Diniz, car, inexpliquablement, les caisses de l’entreprise sont vides! Pourtant, sur les deux dernières saisons, l’écurie aurait dû compter sur un actif de 270 millions de francs, soit un peu plus de 41 millions d’euros. Alors, question cruciale, où sont passés ces millions? La réponse est connue mais pas officiellement dévoilée. Benetton, de l’aveu même de Tom Walkinshaw, ne disposait en 1994 que de 100 millions de francs de budget, soit 15 millions d’euros. Mais en 1995, le budget du team italien flamba pour atteindre les 300 millions de francs, soit 46 millions d’euros environ. Ce qui interpelle, c’est que Benetton n’a pas obtenu de contrat de sponsoring important durant l’intersaison 94-95, contrairement à Williams qui a sensiblement augmenté son actif suite à de judicieuses associations. Il s’avère que le team Benetton a bénéficié de détournements de fonds, fonds venant directement de l’écurie Ligier! Ruinant le team français, Briatore s’est fait remarqué. Alesi et Berger ont fait état de pratiques "cavalières et peu scrupuleuses" dès 1996 de la part du directeur du team, et la paire Ecclestone/Mosley a soigneusement étouffé l’affaire. Ignorant les soupçons pesant sur Briatore, les deux grands dirigeants de la discipline ont préféré faire profil bas après les dramatiques retombées des accidents de Roland Ratzenberger et Ayrton Senna en 94. Mis au courant en 1997, Luciano Benetton congédia Briatore sur le champ, l’entrepreneur italien ne souhaitant pas être impliqué par la FIA.

Un grand gâchis

Malgré sa volonté, Prost n’a pas pu survivre en partant de zéro. Rachetant le team Ligier trop cher (à cause d’engagements pris auprès du ministre des Sport de l’époque), il n’a pas pu compter sur le travail effectué par Guy Ligier puis par Cyril de Rouvre. La tradition d’une écurie "bleue", nourrie depuis 1968 avec Matra, a finalement pris fin en 2001. Nul ne saurait dire si Prost aurait pu survivre sans les manipulations d’un Briatore qui a appauvri Ligier. Une fois de plus, Bernie Ecclestone et Max Mosley ont failli à leur mission, celle de nourir le sport plutôt que leurs intérêts, qu’ils soient humains, politiques ou financiers. Ces manoeuvres ont conduit la perte d’un team solide, le plus grand team indépendant que la France ait connu dans l’histoire du championnat du monde de F1.
par Jayce
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Re: Flavio Briatore, bourreau du team Ligier

Message par dom465 le Sam 19 Jan - 1:59:11

Ha Flavio ! Il était fait pour le "grande casino" !
Mais un jour, on perd à la roulette !



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