Histoire de mes "toutes" petites assistances, vécues de l'intérieur.

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Histoire de mes "toutes" petites assistances, vécues de l'intérieur.

Message par dom465 le Lun 7 Jan - 9:33:59

Par 2 fois, en 89 et en 90, j'ai eu l'occasion de participer au Rallye du Portugal. Non, malheureusement pas en tant que pilote ou co-pilote, mais plus simplement en tant que membres de l'assistance de Georges Simons, un copain, très honnête pilote amateur.
En 87 et 88, Georges, médecin de son état, fait une quinzaine de rallye par an, en championnat de Belgique, au volant d'un VW Polo groupe A. Lors de chaque boucle, il passe alternativement, de la place de pilote à celle de co-pilote, avec son pote Olivier De Wilde, avec qui il partage donc les frais et le volant.
Les belges de ce forum auront tous reconnu Olivier De Wilde devenu depuis le responsable "sport-mécanique" de la DH (la Dernière Heure), journal le plus vendu en Belgique.
Bon, il y aurait beaucoup de choses à dire sur lui, quand à ses qualités et ses défauts en tant que journaliste. Mais là n'est pas le sujet du jour.
Après ces 2 ans de championnat de Belgique, Georges se dit que, plutôt que de tourner tout le temps autour des mêmes églises, ce serait pas plus mal, pour le même prix, de faire 3 ou 4 rallyes par ans, mais des vrais, des grands !
C'est ainsi qu'en 89 et 90, il participera aux rallies du Portugal, au RAC, à la Suède et aux Mille Lacs.
Malheureusement, pris dans l'escalade financière côté matériel, et son boulot lui prenant de plus en plus de temps, il abandonnera ensuite la compétition et partira vivre en Angleterre, où il est toujours (je l'ai revu récemment lors d'un de ces passages en Belgique, à mon club, l'IMRC).
En 89 donc, il achète une VW Golf Groupe A, et me demande si je veux lui donner un coup de main pour le Portugal. Je lui rappelle que mes connaissances mécaniques sont relativement limitées, mais il me rétorque qu'il a déjà un excellent mécano professionnel dans l'aventure. Et c'est tout.
L'assistance sera donc composée de ...2 personnes !
Pas évident et un peu angoissant.
D'autant que Georges n'est pas un maître côté organisation.
Une dizaine de jours avant la course, il part, avec son co-pilote, au Portugal, en avion, afin d'y faire les reconnaissances au volant d'une voiture de location.
Et me laisse juste les coordonnées du mécano qui est, "soit disant", au courant de tout.
Le co-pilote de Georges s'appelle Guy Thiry. He oui, le frère de Bruno. Cela nous permet de nous voir prêter une superbe camionnette, très bien équipée, qui servait à l'assistance de la Visa Mille Pistes de Bruno Thiry.
Mais nous devrons également amener la voiture, un Golf Rouge a très belle allure.
Problème lorsque je découvre la remorque prévue. D'une part, c'est une 2 roues, ce qui n'est pas l'idéal. D'autre part, elle est en piteux état. Une barre de l'attelage est même rompue, et les autres ne valent guère mieux. Pas question de se taper près de 2500 bornes avec ça !
Chance, un collègue de travail me louera pour un prix ridicule, une superbe remorque à 4 roues.
Et nous voilà parti.
Jaak, le mécano, flamand mais parfait bilingue, comme moi, décide d'emblée qu'il tiendra le volant. Motif : il est nul en lecture de carte.
Et nous voilà parti pour une longue route, quasi non-stop.
Les passages de frontières entraînent pas mal de paperrasseries pour remplir les documents de transit ou d'importation provisoire.
Petite anecdote en passant la frontière portugaise. Un douanier bon enfant, examinant le contenu de la camionnette, me fait remarquer, avec quelques mots de français, qu'il n'y a pas beaucoup de matériel (ben oui, il a du voir passer les camions des usines et compagnie !).
En essayant de me faire comprendre, je lui dis que : "Non, petit pilote !".
Et il éclate de rire !
J'apprendais plus tard que "pilot", au Portugal, est l'équivalent de "zizi" chez nous !
Bon, ça commence dans la bonne humeur !
Arrivé là, nous rejoignons Georges et Guy Thiry à Estoril, où il on loué un très bel hôtel pour 3 fois rien.
Il faut alors organiser l'assistance.
Jaak et moi commençons par nous rendre,(excellente idée de bibi) à l'institut géographique de Lisbonne, ou nous trouvons des cartes d'état-major super détaillées de tout le parcours du rallye.
Bien d'autres équipages amateurs, à la vue de ces cartes, feront la même démarche.
Nous traçons d'abord le parcours du rallye, puis le notre. Il faut arriver à trouver des super raccourcis pour pouvoir aller plus vite qu'eux. Pas évident quand on n'a qu'un véhicule d'assistance !
La veille du rallye, le soir, nous nous rendons dans un charmant village situé près du circuit d'Estoril et nommé "El Cabideche" ! On nous y a recommandé un restaurant. Effectivement, nous y retrouvons déjà toutes l'équipe Mazda et plusieurs équipages. A une table, une tête connue. Pierre Robert, journaliste de la RTBF sur place pour couvrir le rallye.
Sur son invitation, nous nous joindrons à lui et passerons une très chouette soirée, avec un excellent repas.
Devant le menu en portugais, certains font grise mine. Les autres, peu enclin à des tentatives culinaires, se contenterons de "biftecas" ou de "cotelettas". Mais Georges et moi nous lançons et commandons ..... on sait pas quoi !!!
Inquiétude lorsqu'on nous apporte une planche et un gros maillet en bois ! Mais qu'avons-nous commandé ?
Mais soulagement quand le plat arrive. C'est un énorme et succulent crabe farci, et le maillet ne sert qu'à briser les pinces !
Retour à l'hôtel pour la dernière longue nuit de sommeil.
Arrive le premier jour du rallye. Au programme, juste l'étape show se déroulant dans le stade de Benfica.
Georges ayant un "gros numéro", nous pouvons même nous permettre, tous les 4, d'assister aux premiers passages des stars du rallye.
Puis, départ de Georges et Guy vers leur voiture,et de Jaak et moi vers le premier point d'assistance prévu, entre Lisbonne et Estoril, où se trouve le parc fermé.
Appoint d'essence, petit contrôle général, et surtout, il faut enlever les pneus terre pour passer les slicks en vue du vrai départ le lendemain.
La Golf arrive au point d'assistance. Je glisse le crick sous la voiture, la lève, et me précipite sur la roue avant. J'ai fini de la changer, je me redresse. Jaak me fait un signe que j'interprète mal. Je pense qu'il a fini et baisse le crick.
Catastrophe, il n'avait pas fini ! Il avait eu un problème pour débloquer un boulon et son geste voulait dire "attend !".
Et voilà la voiture qui repose sur le disque de frein. Ni une, ni deux, Jaak tourne le dos à la voiture et arrive à la soulever suffisamment pour que je puisse fixer la roue !!!
Bon, pas de bobos mais déjà une belle émotion !
Et le lendemain, on attaque vraiment le rallye. La journée se passe bien. L'auto et le pilote marchent pas mal. Et nous aussi. Les cartes d'état-major nous sont bien utiles.
Arrive le dernier point d'assistance de la journée, après le juge de paix d'Arganil, et avant le parc fermé situé dans la ville du même nom.
Là, problème. Il y a un monde fou sur ces petites routes portugaises et, à un moment, je prend une petit route à droite. On s'enfonce dans la foule. Il y a des voitures garées de chaque côté et à peine la place pour passer.
Et à un moment, catastrophe, la route est bloquée ! On arrivait carrément sur la fin de la spéciale !
On a visiblement pris une route trop tôt. Demi-tour, mais le temps presse. Jaak (ha oui, je ne l'avais pas encore dit !) roule encore plus comme un pèté que d'habitude. Peu avant, dans un "S" sur un petit pont, on s'est payé un beau 2 roues avec la camionnette.
Il klaxonne non-stop et se faufile à grande vitesse alors qu'il y a tout juste la place pour passer.
Régulièrement, de mon côté, j'entend des "bang" ! Qu'est-ce que c'est ?
Je réalise alors que si la camionnette passe entre les voitures stationnées, l'échelle qui se trouve à droite et sert à monter sur le toit pour prendre les pneus, déborde largement. Et ces "bang", c'est chaque fois le bruit du rétro arraché d'une voiture stationnée !
Bon, on ne fera pas la quarantaine de constats que la quarantaine de "bang" aurait du occasionner !!!
Et on arrive enfin au point d'assistance.
Georges est déjà là, inquiet. Mais heureusement, la voiture est nickel et il n'y a pas trop de boulot. On est dans les temps.
Retour au parc fermé. Ouf, la première journée s'est plutôt bien passée et Georges figure à une place plus qu'honnête.
On est sur la grand-place d'Arganil et il y a un monde fou. Je ne vous l'ai pas encore dit mais l'engouement pour le rallye et l'ambiance sont ici tout simplement incroyable ! C'est la grande fête de l'année dans tous les villages et villes traversé par le rallye. De la folie pure !
Sur les routes de liaison, il y a de nombreux accidents. Beaucoup de jeunes locaux s'essayant à suivre les voitures du rallye au volant de vieilles caisses souvent insalubres ! Destination, le fossé !
On repère un grand restaurant populaire sur la place et décide d'y aller goûter à la cuisine traditionnelle.
C'est là que j'ai signé mes premiers autographes ! Les jeunes (et moins jeunes) du coin, sont fous. Dès qu'il voie une combinaison ou même une salopette, c'est photo et autographe !
On fait la connaissance d'un gars d'une bonne trentaine d'années qui est là avec son fils de 12 ans. Après photos de groupe et autographes, comme il parle très bien le français, on se met à discuter. Il est propriétaire d'un commerce de pneus et adore le rallye. Il aurait aimé sponsoriser le sympathique équipage belge que nous sommes. Mais, pour cette année, c'est un peu tard. Par contre, si nous revenons l'un prochain, il fera de beaux autocollants avec son commerce, et sponsorisera Georges. Bon, même si on, n'y croit pas, on échange les coordonnées.
He bien croyez le ou non, mais en 90, Georges le contactera, et il paiera le logement en demi-pension des 7 personnes de l'équipe (oui, on aura grandi !) pour la nuit à Arganil, ainsi que 2 trains de pneus ! Pas des menteurs, les portugais !
En attendant, on va se coucher.
La deuxième journée se passe sans problèmes.
Petite anecdote tout de même. Pendant la traversée d'une petite ville, il y a un énorme bouchon, toujours dû au rallye. Mer..., si ça continue, on ne sera jamais à temps pour la prochaine assistance ! On est bloqué sur un grand rond point. Au milieu, de l'herbe et de grand parterre de fleurs. Jaak s'énerve et, tout à coup, il braque dans le rond-point, laboure la pelouse, détruit les fleurs, et fonce. Et, au carrefour, de l'autre côté, un flic règle la circulation !
Je me dis : "Là, c'est foutu, on est bon pour un P.V. et on loupe l'assistance". Le flic nous voit, se met à souffler comme un malade dans son sifflet et à faire des grands gestes pour..... arrêter le trafic et nous libérer la route !!!
C'est ça aussi, le rallye du Portugal !
Après la dernière spéciale, on change les terre pour des slicks, et en route pour une longue liaison vers Porto où se trouve le parc fermé. Le trafic est très dense (que des fans du rallye) mais le temps imparti est très large. Avec la camionnette, nous suivons donc la Golf sur la grand-route qui longe l'Atlantique.
A un moment, les 4 clignotants de la Golf s'allument, Georges fait des grands gestes et se gare.
Il a entendu un bruit plus que suspect à l'avant.
Je place le cric et Jaak se précipite sous la voiture. Quelque chose à laché au niveau du triangle de direction.
J'attrape la bonbonne de gaz et Jaak le poste à souder. Et c'est parti pour une séance de mécanique au bord de la chaussée.
Nous avons facilement une centaine de spectateurs qui se sont arrêtés pour nous regarder. C'est la gloire !
Au bout d'une petite demi-heure, tout est en ordre. Mais on n'a maintenant plus beaucoup de temps pour rejoindre Porto. Et le trafic est toujours aussi dense.
Un motard (pas de la police, hein) qui parle français, nous dit qu'avec ses potes, ils vont nous ouvrir la route.
Et voilà 5 ou 6 grosses motos, grands coups de gaz et de klaxons, qui nous ouvre la route à grand gestes de la main et à coup de wheeling complètement fous. Nous ne pouvons plus suivre la Golf et rejoindrons l'équipage à Porto où ils auront pointés dans les temps à la minute près ! Merci les motards portugais !
Nuit à Porto et départ de la troisième journée.
Première assistance de la journée. On s'installe dans un petit village de montagne, juste après l'arrivée d'une longue spéciale sur terre. On sort l'essence, les slicks, et on attend. On est bien dans les temps et on a l'occasion de voir passer tous les premiers.
On a le numéro 81. La 80 passe, on est prêt. Le temps se fait long.....et la 82 passe. Pas de 81 ! Aïe, c'est la cata. On verra passer toutes les autres voitures, mais toujours pas de Golf rouge ! Les gens du village, massé autour de nous, ont l'air interrogatifs et inquiets.
La spéciale est finie et la route réouverte. On s'engage en sens contraire dans le petit chemin de terre et, quelques km plus loin, on trouve la Golf et son équipage dépité. La boîte de vitesse a laché. Fin de l'aventure.
On tracte lentement la voiture jusqu'au village. Là, le garagiste local veut bien, fièrement, la mettre chez lui en attendant que l'on ne vienne la rechercher le lendemain, sur la route du retour, avec la remorque.
Bah, foutu pour foutu, autant faire la fête. On se retrouve dans l'unique établissement du village qui fait épicerie, poste, café, tabac, restaurant. Tout le village partage notre malheur.....et fait la fête avec nous ! bon apero, énorme assiette de steacks (avec un "S"), bon petit vin de la région, c'est sympa.
Georges et moi, on décide d'acheter quelques bouteilles de porto et d'aguardiente dans l'épicerie. Mais les gens nous empêchent de prendre dans les rayons. Le patron se précipite à la cave et nous ramène des bouteilles sans étiquettes. "Es meljora, meljora", qu'il nous dit !
Après ce bon repas, on se rendra encore sur une spéciale l'après-midi afin d'assister au spectacle des grands.
Puis, retour à Estoril. Le lendemain, Georges et Guy reprennent l'avion pour la Belgique. Et nous, on reprend une longue route, avec détour par ce village si sympa, pour récupérer la voiture.
Une route sans histoire, et retour à Bruxelles. Crevé mais heureux et la tête pleine de souvenirs.
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