Les jeunes loups

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Les jeunes loups

Message par Modena49 le Mer 2 Jan - 13:00:59

GP d’Adélaïde 1994

Le 13 novembre 1994, sur le circuit d’Adélaïde en Australie, la F1 s’apprète à couronner un champion inédit. Pour la première fois depuis très, très longtemps, aucun champion du monde ne court la totalité de la saison, et ce depuis le décès tragique de Ayrton Senna à Imola.


1994, où une saison particulière de la F1. Ni très spectaculaire, ni très engageant, ce championnat est pourtant dans les annales, tant par ses animateurs que par ses drames. 94 est une époque où le plateau ne comptait pas moins de 26 voitures, pour 6 places seulement dans les points. Les différences de performances sont colossales, les plus lents perdant jusqu’à 5 secondes au tour par rapport au leader. On compte beaucoup de teams à petit budget, comme Larousse, Minardi, Simtek, Arrows, Pacific et dans une moindre mesure, Ligier, Lotus, Sauber, Jordan et Tyrell. Les top teams sont de ce fait peu nombreux: Williams-Renault, Ferrari, Benetton-Ford et McLaren-Peugeot. Cette abondance de voitures, surtout concernant les "chicanes mobiles", ont eu des conséquences incroyables. En Hongrie, avant de doubler un groupe de cinq attardés, Damon Hill, deuxième, compte mois de 12" de retard sur le leader Michael Schumacher. Quatre tours plus tard, le Britannique s’est débarrassé du dernier attardé, mais voit son retard pointer à 34"!!! A l’époque, pas de drapeaux bleus...

Et la saison débutait presque quand le 1er mai à Imola, nous avons connu le week-end le plus noir de ces vingt-cinq dernières années en F1. Tout commença par Barrichello, qui, victime d’une crevaison, tapa le rail avec une violence inouie. Miracle, le jeune Brésilien s’en sortit avec un nez cassé. Mais dès les essais du samedi, ce fut au tour de Roland Ratzenberger de se sortir, accident ayant des conséquences bien plus graves: le jeune Autrichien a trouvé la mort. Sa sortie de route n’était dû qu’à l’effondrement de son aileron. Enfin, le dimanche, au 6ème tour de course, Ayrton Senna quitta la piste pour s’écraser dans le mur. Comme pour Ratzenberger la veille, le choc était bien trop important pour laisser la moindre chance au pilote brésilien. Pour achever ce week-end, la Minardi de Michele Alboreto laissa s’envoler une roue arrière à la sortie des stands, roue qui blessa grièvement deux mécaniciens Ferrari et un de chez Lotus. La colère grandit, car personne ne comprenait que la course continue. Gerhard Berger, touché par le décès de son jeune compatriote la veille, et de son ami en course, renonça de lui-même. Traumatisée, la F1 était devenue orpheline de Senna, quelques semaines après le retrait d’Alain Prost. Un Prost qui ne cacha pas sa colère, désignant la FIA et ses fautes avant la course. Prost avait déclaré le matin de la course que certaines équipes au budget limité ne devrait pas être autorisées à courir, tant les contraintes aérodynamiques des monoplaces sont importantes. Les teams du paddock doivent être selon lui en mesure de construire des voitures sûres. Et on ne va pas tarder à reparler de sécurité, car 15 jours plus tard, au moment où les pilotes rendaient hommage à leurs camarades disparus, Karl Wendlinger explosa sa Sauber-Mercedes à la sortie du tunnel de circuit de Monaco. Sauvé, mais terriblement touché, l’Allemand ne reverra plus la F1. La FIA, elle, se décida enfin à agir.

Voilà les bases de cette saison, qui se résuma autant par ses courses que par ses batailles entre la FIA et la FOTA afin de rendre le sport plus sûr. Et s’il y en a un qui s’est illustré, c’est Flavio Briatore, directeur de Bentton-Ford. Pasq toujours procédurier, le manager italien s’est mis à dos dès cette saison Max Mosley. Son pilote n°1, Michael Schumacher, en fera d’ailleurs les frais.

Retour donc sur ce 13 novembre 1994, où Michael Schumacher ouvre la route, suivi comme son ombre par un Damon Hill très affuté. L’Allemand compte un point d’avance sur son rival, et doit le devancer. Hill n’a rien à perdre, et veut saisir sa chance. Au 35ème des 81 tours, Schumacher loupa son freinage et tapa le mur. Hill est profita pour passer mais fut gêné par le retour de la Benetton sur la piste. Au virage suivant, Schumacher prit sa trajectoire, et accrocha la Williams-Renault de son dauphin. La Benetton n°5 termina sa course sur deux roues dans le mur de pneus, tandis que la Williams n°0 regagna son stand. Suspension endommagée, le Britannique devait abandonner à son tour la mort dans l’âme. Et tout de suite, les regards se tournèrent vers Michael Schumacher.

Un Schumacher qui n’en menait pas large suite à son abandon. Pourtant, qui méritait plus que lui ce titre? L’Allemand a fait une saison remarquable, exploitant sa Benetton sur tous les circuits du monde. Lors des 7 première course, l’Allemand s’imposa 6 fois, et décrocha une deuxième place à Barcelone, dûe à une boite de vitesses bloquée en 5ème durant la moitié du GP. Puis, Benetton fut la cible de la FIA et des instances de la F1. Soupçonnée d’utiliser un antipatinage, le team dirigé par Briatore sera sévèrement sanctionné à chaque incident, comme à Silverstone (Schumacher n’obtempera pas immédiatemment à la présentation du drapeau noir) ou à Hockenheim (incendie sur la voiture de Verstappen lors du plein d’essence). Briatore était l’homme à abattre car il formait avec Ron Dennis le noyau dur de la résistance que rencontrait la FIA. Schumacher paya donc très durement ces règlements de comptes, et ne profitait pas de sa supériorité. On spécula à l’époque sur la nécessité de relancer le championnat, en faisant revenir Hill au classemnt. Alors, quand la Benetton échappa à son pilote en Australie, sa première erreur peut-être, Schumacher a défendu sa place, son titre, qu’il avait mérité, qu’il ne pouvait pas perdre. Ca n’a rien de personnel contre Hill ou Williams. Mais Schumacher ne pouvait pas laisser passer Hill. Ca aurait été la dernière injustice de cette saison difficile.

Injuste peut-être, mais pas injustifié. Car Damon Hill s’est illustré en 1994. Par son courage tout d’abord. Pilote n°2 au Brésil en ouverture du championnat, l’Anglais a perdu son leader à Imola. Suite à cet accident, malgré les demandes de son épouse, Hill repris le départ pour défendre les couleurs de son team, alors que personne ne savait ce qui s’était passé sur la monoplace du Brésilien. Mais Hill a aussi montré qu’il avait du talent. Il a copieusement dominé les deux coéquipiers qui le secondèrent suite à Imola. Le jeune David Coulthard tout d’abord, qui, malgré son talent, se trouvait régulièrement 1"5 plus lent que son compatriote. Puis ce fut au tour de Nigel Mansell, champion du monde 1992 et de retour chez Williams, de subir les performances de Hill. Damon avait réussi à se relever du terrible week-end d’Imola, avec une voiture moins performante que la Benetton, et au sein d’une structure à la dérive. Il a mis au pas deux équipiers talentueux, se plaçant comme le seul poursuivant de Schumacher. Enfin, il profita des absences de celui-ci pour faire le plein de points. Cerise sur le gâteau, il triompha au Japon, sur un circuit détrempé, maîtrisant les deux "spécialistes" de la pluie, Michael Schumacher et Jean Alesi. Pour Hill, Schumacher a fait la faute, il devait perdre. L’Anglais devait finir, et n’a pas pu.

L’attitude de ces deux pilotes est compréhensibles, et personne ne pourrait prendre parti. Qui méritait le plus ce titre, finalement revenu à Michael Schumacher? Difficile de répondre, car pour diverses raisons, ils ont démontré qu’ils étaient dignes de leurs aînés, Alain Prost et Ayrton Senna. Et finalement, à l’heure où l’équipe Williams hurlait son dégoût suite à l’accorchage d’Adélaïde, parlant "d’attentat" ou encore de "comportement anti-sportif", Damon Hill clôtura le dossier en délarant: "Je suis affreusement déçu de terminer la course de cette manière, car je ne suis pour rien dans cet accrochage. Mais c’est un fait de course. Michael mérite son titre de champion. Nous, nous l’avons perdu bien avant d’arriver ici. Nous avons fait beaucoup trop d’erreurs." Loin des critiques dont il a été l’objet par certains pilotes et aussi certains membres de son team, Damon Hill, après avoir montré son talent, a cloué le bec aux polémistes. Et il est sorti grandi de cette saison, où finalement, les quelques rayons de soleil sont venus des duels de l’Anglais face à Michael Schumacher. Les jeunes loups de la F1 se sont fait un nom, et ont réussi à sortir ce sport des dérives qu’il a connu.


par Jayce
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