Suzuka 98, Häkkinen piège le Kaiser

Aller en bas

Suzuka 98, Häkkinen piège le Kaiser

Message par Modena49 le Mar 1 Jan - 8:22:52

Poleman du Grand Prix du Japon en 1998, Michael Schumacher (Ferrari) avait une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête avant cette ultime course du championnat. Le pilote allemand, mené 90-86 par Mika Häkkinen (McLaren-Mercedes), devait absolument l’emporter sur le juge de paix nippon tout en espérant que son rival finlandais ne finisse pas deuxième ... Résistant superbement à l’écrasante pression qui régnait à Suzuka en ce 1er novembre, le pilote de Woking allait magistralement piéger le Kaiser avant même que le premier tour de course ne soit disputé!!

En 1998, Mika Häkkinen prend une nouvelle dimension. Profitant de la résurrection du phénix McLaren, le Finlandais enchaîne les exploits dans le cockpit de sa flèche d’argent MP4/13, dessinée par le virtuose ingénieur Adrian Newey.

Mais, quand Ferrari et Michael Schumacher gagnent trois courses d’affilée (Montréal, Magny-Cours, Silverstone) à la lisière du printemps et de l’été, beaucoup d’observateurs pensent que le pilote scandinave va s’effondrer mentalement.

C’est mal connaître le nouveau fer de lance de Woking. Gravement accidenté fin 1995 en Australie, Mika est brutalement sorti de son adolescence prolongée. Le grand blond naïf qui avait cru qu’il se battrait pour la pole position en 1991 à Phoenix, pour sa première course en F1 (se qualifiant finalement 13e), était mort à Adelaïde fin 1995 ...

En 1998, année de son mariage qui faisait de lui un homme comblé, doublé d’un pilote en pleine confiance, Häkkinen offrit une réponse cinglante à tous ceux qui doutaient de lui, tous ceux qui en faisaient déjà un champion intérimaire, un feu de paille, par opposition au Kaiser Schumacher, capable de se hisser au pinacle du sport automobile chaque saison en tirant la quintessence des bolides écarlates de Maranello ....

A Spielberg, Häkkinen domina Schumacher. Malgré la terrible pression du pilote allemand, la McLaren du Finlandais resta en piste, et ce fut la Ferrari F300 de l’ogre de Kerpen qui sortit la première de la trajectoire ...

Au Nürburgring, alors que Schumacher avait recollé à 80-80 à Monza et que le pilote allemand avait enfoncé le clou par une pole position de grande classe sur le circuit de l’Eifel, Häkkinen prouvait qu’il était bel et bien un champion d’envergure.
Se jouant rapidement d’Eddie Irvine, le Finlandais piegéa ensuite son rival allemand. Clé de voûte du renouveau de Woking, Mika Häkkinen avait eu la confiance de Ron Dennis depuis sa première course pour McLaren. En 1993, à Estoril, Häkkinen, remplaçant au pied levé Michael Andretti, s’était offert le luxe de dominer le roi Senna en qualifications.
Sur un circuit aussi probant que le tracé portugais, la preuve était faite pour Ron Dennis... ce jeune Finlandais était fait du bois dans lequel étaient taillés les champions du monde. Intronisé leader de Woking dès 1994 suite au départ de l’archange brésilien vers Didcot, Häkkinen sortit de l’ombre en 1998, ayant remporté fin 1997 à Jerez, au Grand Prix d’Europe, sa première victoire en F1.

Malgré ses convaincantes démonstrations de Spielberg et du Nürburgring, la pression qui accompagnait le money time de Suzuka, ultime round du championnat du monde 1998, serait sans commune mesure.

La tension serait à son paroxysme au Japon. Menant 90 à 86 face à Schumacher, Häkkinen avait réussi l’exploit d’annihiler la guerre psychologique tant affectionnée par le champion de Ferrari, coutumier du fait face à ses rivaux précédents de Williams-Renault, Damon Hill et Jacques Villeneuve.

Le bouclier mental du Finlandais n’avait pas de faille. Comprenant que la partie serait vaine sur le terrain psychologique, le Kaiser décida de travailler d’arrache-pied. Stakhanoviste des essais privés, Schumi passa tout son mois d’octobre 1998 à développer la F300, pour en tirer la limite sur le juge de paix de Suzuka.

La poignée de mains entre Häkkinen et Schumacher sur la grille de départ de Suzuka, à l’initiative du Finlandais, montrait que ce dernier était parvenu à évacuer la pression malgré l’importance de l’enjeu. Malgré le renouveau de McLaren, nul ne pouvait prédire quand Mika aurait de nouveau l’occasion de coiffer la couronne mondiale, là où tout le monde voyait Schumacher abonné àla lutte pour le titre pendant une décennie entière...

Dimanche 1er novembre 1998, le pilote allemand avait atteint son premier objectif. Face au redoutable trinôme Häkkinen - McLaren-Mercedes - Bridgestone, le prodige de la Scuderia avait su se sublimer pour arracher la pole ...

Lors de la procédure de départ, la Prost Peugeot de Jarno Trulli, qualifiée en position, cala. Le départ étant décalé, les monoplaces continuaient à surchauffer à l’arrêt, malgré le refroidissement des radiateurs initié sur la grille de départ par les mécaniciens.

Lorsque le départ du deuxièmetour de formation fut donné, Schumacher commit une grave erreur. Partant sur les chapeaux de roue, l’Allemand donna une précieuse information à son rival. Le moteur V10 de la Ferrari F300 était en risque de surchauffe, malgré le refroidissement. Le calage de Trulli avait porté un coup terribleau bolide rouge ... Ce coup de pouce du destin fut merveilleusement exploité par Häkkinen. Comprenant les intentions de Schumacher, bien décidé à aérer et ventilerson moteur au maximum avant la remise en grille pour le départ réel, le Finlandais de McLaren menait un train de sénateur, portant l’estocade à la Ferrari n°3.
Le lièvre allemand était piégé par la tortue finlandaise ... Comme dans la fable de la Fontaine, il n’y eut qu’un vainqueur, la tortue.

Portant le coup de grâceà son rival, Häkkinen vit Schumacher caler ... Conséquence de la surchauffe? Pression trop grande pour le pilote allemand? Après la course, la Scuderia invoqua un problème d’embrayage.

En tout cas, Häkkinen avait piégé son rival et hérita de la pole vacante, Schumi étant condamné à partir du fond de la grille. Le pilote allemand devrait atteindre la perfection, la quadrature du cercle, pour espérer conquérir la victoire sur le circuit de Suzuka ... A ce moment, la simple idée d’un troisième sacre mondial du pilote Ferrari devenait utopique. Mais Schumi ne renonça pas, tentant son va-tout.

Menant le Grand Prix du Japon via un brillant cavalier seul, Mika Häkkinen n’eut aucun mal à contenir les velléités du lieutenant de Ferrari, Eddie Irvine. La McLaren du Scandinave filait comme le vent, implacable flèche d’argent ... Croyant pouvoir mettre la pression sur Häkkinen, Irvine espérait cueillir sa première victoire en F1 ce jour là au Japon, il n’en fut rien tant le leader du championnat fut hors de portée.

A l’arrière du peloton, Schumacher était remonté comme la foudre, pilotant avec panache.Se frayant un chemin dans le peloton via une remontée d’anthologie, l’Allemand était freiné par ses deux ennemis, Damon Hill et Jacques Villeneuve. Au trentième tour, un accrochage entre l’Arrows deTakagi et la Minardide Tuero laissa des débris en piste, sur lesquels roula la monoplace de Michael Schumacher ...Revenu en troisième position après 32 tours, l’Allemand tombait de Charybde en Scylla. Frappé d’une crevaison, le Kaiser dut abdiquer et reporter ses espoirs de sacre avec le Cavallino à 1999 ...

Champion du monde avant même la fin de la course, Mika Häkkinen concrétisait les espoirs entrevus dès 1990 en F3 britannique. Alors que l’Allemand resta prostré près de sa Ferrari meurtrie pendant de longs tours, sur le bord du circuit japonais, le Finlandais mit un point d’honneur à gagner la course, cerise sur le gâteau d’une saison pleine. Comme Damon Hill en 1996, ayant appris par la radio la nouvelle de son sacre, Häkkinen ne se laissa pas déconcentrer ni griser. Malgré l’obtention du sceptre, le nouveau roi marqua son territoire par une nouvelle victoire, point d’orgue d’un championnat qu’il menait depuis l’ouverture, en Australie.

Häkkinen, lui, devenait le deuxième Finlandais sacré champion du monde après Keke Rosberg. Vainqueur à Suzuka, il gagnait une huitième course en 1998, parachevant une campagne mondiale superbe où il avait terrassé son coéquipier David Coulthard en performance pure (13-3 le samedi en qualifications).


par AxelBorg
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]



**********************
Je n'ai jamais été un grand constructeur .
Je n'ai jamais rêvé de l'être.
Je reste un artisan provincial.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
avatar
Modena49
ADMINISTRATEUR ÉMÉRITE
ADMINISTRATEUR ÉMÉRITE

Messages : 24968
Date d'inscription : 11/03/2008

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum