Hawthorn et Collins, la vie était un jeu

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Hawthorn et Collins, la vie était un jeu

Message par Modena49 le Mer 24 Oct - 1:36:50

Pilotes amateurs, Mike Hawthorn et Peter Collins aimaient viscéralement le sport automobile et vivaient leur passion comme un jeu. Ils jouaient leur vie à pile ou face sur tous les circuits d’Europe, vivant en nomades, profitant de l’argent gagné à chaque course ...


Reims Gueux, 1953 ... Un jeune pilote aux cheveux d’or domine les titans Ascari et Fangio.
Son nom, Mike Hawthorn. L’hebdomadaire anglais Autosport parlera de ce Grand Prix de France 1953 comme de la course du siècle. Pour son quatrième départ au volant d’une Ferrari, le pilote aux cheveux d’or avait croisé le fer avec Fangio, Gonzales et Ascari.
Poussant Fangio dans ses ultimes retranchements, Hawthorn ne cessait de chiper la première place à l’Argentin, et réciproquement ... Mais l’Anglais porta l’estocade au héros de Balcarce. Dans l’ultime tour, s’extirpant de l’épingle de Thillois, Hawthorn porta sa Ferrari une longueur de capot devant la Maserati de Fangio. Il avait accompli le miracle que tout le monde pensait impossible ... Fangio adouba immédiatement son cadet par une accolade de boxeur ... A 24 ans, Hawthorn entrait dans la cour des grands.

L’étoile britannique porta son talent au pinacle ce jour là en Champagne. Il sera vite rejoint par un autre virtuose du pilotage, autre champion venu de la haute bourgeoisie anglaise, Peter Collins.

Collins est recruté par la Scuderia Ferrari en 1956. Enzo Ferrari voit en ce jeune homme au regard perçant un champion capable de faire oublier Nuvolari et Ascari. Comme Hawthorn, Ferrari apprécie Collins pour son absence de calcul digne de Nivola, et qu’il retrouvera bien plus tard chez Gilles Villeneuve.

Chevaleresque, Collins cède en 1956 son bolide écarlate à Juan Manuel Fangioà Monza, permettant au maestro argentin de se calsser dauphin de Monza sur l’autodrome lombard et ainsi de coiffer une quatrième couronne de champion du monde. Collins se justifie ainsi après avoir cédé sa Ferrari à son aîné Fangio: J’ai 25 ans et toute la vie devant moi... Mais la quête de la couronne mondiale restera utopique pour Peter Collins.

En 1957, Peter Collins épouse Louise, une actrice. L’union n’est pas du goût des parents de Peter, pas plus que ceux de Louise. Adjoint du Norvégien Doug Hammarskjold, le secrétaire général de l’ONU, le père de Louise est un diplomate,et ne souhaite pas voir sa fille épouser un pilote ... Les Collins, eux, dédaignent cette actrice. Quant au Commendatore, il est furieux de l’influence exercée par Louise sur son pilote. Délaissant Modène, Collins achète un yacht, le Mipooka, ancré en Principauté de Monaco. Mais les amis du couple, Mike Hawthorn ou l’acteur Peter Ustinov, le fabuleux Néron de Quo Vadis, sont heureux pour Peter et Louise, qui se sont rencontrés début 1957 en Floride. Une semaine plus tard, Collins, fidèle à son caractère impulsif et lougueux, était lié à Louise par l’engagement du mariage ... L’idylle sera rompue par le décès de Collins en 1958 au Nürburgring. Deux ans après son sacrifice de Monza.

Hawthorn, lui aussi, avait un respect infini pour Fangio. En 1958, à Reims, là où Fangio a débuté dix ans plus tôt en Europe, là où Hawthorn s’est révélé en 1953 en F1, l’Anglais n’ose pas doubler le quintuple champion du monde, dont la Maserati pleure ses chevaux évanouis par rapport à 1957. Bien que leader du Grand Prix de France, Hawthorn reste sagement tapi dans le sillage de Fangio ...
Le commentaire d’Hawthorn, après sa victoire champenoise de 1958, est resté dans les mémoires: On ne prend pas un tour àFangio.

Orphelin deson ami Peter, Mike Hawthorn ne trouve plus la même adrénaline à la compétition. Bien que vainqueur de son duel contre Stirling Moss en 1958, bien que sacré champion du monde cette année là, Hawthorn se retrouve dépourvu de toute motivation. Outre la mort de Collins, le sport automobile anglais dut déplorer la disparition de Stuart Lewis-Evans, espoir de l’écurie Vanwall, suivi par un certain Ecclestone. Grièvement brûlé au Grand Prix du Maroc sur la piste Casablanca, Lewis-Evans décèderait de ses blessures six jours plus tard dans un hôpital londonien.

Du Capitole à la Roche Tarpéienne, il n’y a qu’un pas. Le 22 janvier 1959, près de Londres, Hawthorn et sa Jaguar roulent sous la pluie. Il double la Mercedes de son ami Rob Walker avant de trouver la mort dans un accident, comme son père quelques années plus tôt ... Les journaux britanniques ironisèrent sur le désir viscéral d’Hawthorn de doubler une voiture allemande, lui qui vouait une haine tenace à ce pays depuis la guerre. Ainsi, Hawthorn en voulait à Stirling Moss d’avoir pactisé avec l’ennemi en ayant piloté chez Mercedes en 1955.

Trois jours plus tard, le champion du monde1958avait rendez-vous à Paris avec un avocat, pour reconnaître un enfant né hors mariage. Mike Delaunay restera sans père officiel, mais il est bien le fils de Mike Hawthorn, vainqueur en 1953 à Reims Gueux, né d’uneliaison nocturne avec une jeune fille de la bourgeoisie rémoise...

La mort d’Hawthorn sonna le glas d’une époque, d’un pan tout entier du sport automobile ... Sans ce triste jour pluvieux de janvier 1959, Hawthorn était de toute façon condamné par une maladie rénale, ce qui fut révéléà la mère de Mike, Winifred Hawthorn, par le chirurgien qui l’avait opéré ...

Loin de la cupidité exacerbée affichée par un Stirling Moss, trop souvent aveuglé par l’argent dans le choix de ses écuries (Vanwall, les Lotus privées de Rob Walker après l’épisode des flèches d’argent Mercedes), Hawthorn et Collins vivaient au jour le jour. Ils concevaient l’existence avec insouciance, comme un jeu, comme le prisme parfait de leur panache sur l’asphalte des circuits d’Europe, de Monaco au Nürburgring en passant par Silverstone et Monza.

Loin du quotidien et de la routine, les deux Anglais courraient comme ils vivaient, en hédonistes parfaits.

Alfonso de Portago, leur contemporain, n’agissait pas autrement. Le marquis, cousin du futur roi d’Espagne Juan Carlos de Bourbon, vivait entre Paris et New York, en perpétuel nomade. Comme eux, il mourrut tragiquement, au cours des Mille Miglia en 1957. Mais, deuxième en 1956 à Silverstone, il n’aura pas inscrit de victoire en F1 à son palmarès. Le premier Espagnol vainqueur dans l’élite sera un certain Fernando Alonso, en 2003, à Budapest.

L’arrivée des pilotes professionnels, tel Jackie Stewart, ensuite suivi par Niki Lauda, Alain Prost, Ayrton Senna, Michael Schumacher, Fernando Alonso, Lewis Hamilton, Sebastian Vettel, a rompu le charme de cette période de la F1. Capables de tout anticiper, tout disséquer, tout préparer, ils ne laissant aucune place au hasard, aux antipodes de Peter et Mike, qui jouaient à la roulette russe à chaque instant.

Il faut cependant rappeler que quelques pilotes romantiques ont perpétué la tradition ... James Hunt et sa devise Sex is the breakfast of champions, qui ne pilota sérieusement qu’une saison en 1976, après avoir bluffé la F1via l’écurie Hesketh... Nelson Piquet et sa déconcertante propension à tomber dans la facilité, son amour des femmes et son yacht ancré en Méditerranée, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Elio de Angelis, le joueur de piano et amateur dePetrus. Jochen Rindt, qui avait promis à son épouse Nina qu’il s’en irait titre en poche. Sa promesse fut réalisée à titre posthume. Gilles Villeneuve, le Canadien, chevalier rouge et hommes de tous les défis, qui avait bluffé Hunt en personne en 1976 par une stupéfiante victoire àTrois-Rivières, sur le sol québécois... Stefan Bellof, l’acrobate allemand, troisième en 1984 à Monaco derrièreProst et Senna avant d’être déclassé sur Tyrrell...Jacky Ickx, désinvolte malgré un talent fou... Clay Regazzoni, l’homme quicontamina Niki Lauda de la passion de l’aviation... Jacques Laffite, joyeux drille et formidable attaquant... Jean Alesi, diamant qui fit parler son coeur sicilien au moment de vivre son rêve en Italie, chez Ferrari, alors que la porte de Williams-Renault lui était grande ouverte pour 1991.


par AxelBorg
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Re: Hawthorn et Collins, la vie était un jeu

Message par Invité le Mer 24 Oct - 9:38:22

Fantastique compte rendu historique Shocked

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Re: Hawthorn et Collins, la vie était un jeu

Message par Modena49 le Sam 27 Oct - 11:10:43

merci le mérite est à AxelBorg moi j'ai fait que de copier coller.



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Re: Hawthorn et Collins, la vie était un jeu

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