Estoril 90, la trahison de Mansell

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Estoril 90, la trahison de Mansell

Message par Modena49 le Mer 24 Oct - 1:33:38

Durant l’été 1990, le refus viscéral de la défaite d’Ayrton Senna permet au champion de McLaren de sortir devant Alain Prost au classement après le Grand Prix d’Italie. Au Portugal, alors que les Ferrari sont en première ligne, Prost a donc une occasion en or de revenir dans les talons du Brésilien au championnat du monde ...


En arrivant à Estoril, Ayrton Senna veut porter l’estocade à son rival français. Suite à trois victoires estivales à Hockenheim, Spa Francorchamps et Monza, le virtuose brésilien, clé de voûte des succès de McLaren Honda, compte une avance de seize points (72 à 56).
La figure de proue de Woking est en position de force avant le sprint final de ce championnat du monde 1990, face à son ancien coéquipier, triple vainqueur à Estoril.

Leader du Mondial au soir de Silverstone, Prost espère bien renverser la vapeur près de Lisbonne. Estoril est le circuit fétiche du Professeur. Lauréat de la course inaugurale en 1984, vainqueur en 1987 après avoir piégé Berger, sorti de main de maître d’un duel au pinacle de la tension contre Senna en 1988, Prost ne vise rien d’autre qu’une quatrième victoire en terre portugaise.

Senna, lui, dans ce pays européen avec qui il partage la langue, et où il possède une maison en Algarve, espère rééditer l’exploit de 1985, lorsqu’il avait signé sa première victoire avec Lotus Renault.

Le samedi, le roi des pole positions ne se retrouve que 3e derrière les deux Ferrari. Mansell domine son prestigieux coéquipier Prost. Le panache du pilote anglais a parlé. Mansell, Prost et Senna se tiennent en un souffle, en 44 millièmes de seconde.


Au départ, Nigel Mansell tasse Alain Prost contre le mur. Deux ans après avoir subi ce même coup du sort face à Ayrton Senna, le Français ne passera pas, cette fois là.

Vainqueur en 1988 à Estoril, le Professeur se retrouve cinquième derrière Senna, Berger, Mansell et Piquet.

Cette course sera un calvaire pour le pilote français. S’il parvient à se débarrasser de la Benetton Ford du pilote de Rio de Janeiro, puis de la McLaren de Gerhard Berger, Alain Prost ne rattrapera ni Nigel Mansell, vainqueur sur Ferrari, ni son dauphin du jour, Ayrton Senna.

Un énième coup du destin vient sonner le glas des espoirs de Prost. Alex Caffi, victime d’un accident sur son Arrows Ford, le Grand Prix du Portugal est interrompu dix tours avant son terme, ce qui profite à Mansell et Senna. Ce dernier en profite pour augmenter son avance sur Prost au championnat (78 contre 60).

La conférence de presse est sinistre, dans une ambiance qui sent le soufre.

Après la course, Alain Prost laisse justement exploser son courroux. Comme tous les immenses champions, le Français a une haine viscérale de la défaite.
Mais ce qu’il supporte encore moins, c’est perdre une course que le destin lui avait promise, une course qu’il était censé gagner.

Et le destin, par un grain de sable nommé Nigel Mansell, l’a privé d’une victoire à Estoril.

En quelques heures, Ferrari passe du Capitole à la Roche Tarpéienne. Le phénix qui renaît de ses cendres en cette saison 1990voit ses ailescoupées dans le ciel lusitanien.L’Everest, la couronne des lauriers, le sceptre mondial attendu depuis 1979 et Jody Scheckter, était à la portée de la Scuderia, après une décennie de drames (décès de Gilles Villeneuve en 1982, fin de carrière prématurée pour Didier Pironi) et d’infortune (hégémonie de McLaren Honda en 1988). L’apothéose espérée semble aujourd’hui s’éloigner. Tel Orphée venu chercher Eurydice aux Enfers, Prost s’est fait piéger et voit sa promise, une quatrième couronne mondiale, devenir utopie. Le gladiateur français, pris dans le filet de Mansell, a ensuite été crucifié par le trident de Poséïdon, lancé par Senna ...

Déjà échaudé au cours de l’été par des guerres politiques internes, consécutives au recrutement ensuite avorté de Senna par Cesare Fiorio, Alain Prost a une réaction au vitriol.

Ferrari n’est pas digne d’être champion du monde!

La vengeance est un plat qui se mange froid, et l’idole Prost paiera très cher cette phrase en 1991 après un Grand Prix du Japon où il fera déborder le vase par une goutte d’eau, sous la forme d’une insulte au Cavallino et à la mémoire du Commendatore Enzo Ferrari, traitant son bolide écarlate de camion après une quatrième place à Suzuka, si loin du doublé McLaren signé par Senna et Berger!


Après le Castellet en 1982 face à René Arnoux, Imola en 1989 contre Ayrton Senna, voilà Alain Prost confronté à un troisième litige d’importance face à un coéquipier en ce week-end d’Estoril 1990.


Une autre question se pose ... Pourquoi Mansell a-t-il agi ainsi?

Prost est furieux de voir que Cesare Fiorio n’a pas soutenu son pilote vedette. Pourtant, la relation entre les deux hommes avait commencé à l’été 1989 par une confiance totale. Sans avocats, sur le voilier de Fiorio en Sardaigne, le pilote McLaren et le directeur sportif de Maranello, avaient scellé leur futur pacte dans l’optique de 1990, alors que Frank Williams espérait encore convaincre le futur triple champion du monde de rejoindre Didcot.

Les raisons de cette trahison de Mansell, ayant volontairement torpillé au départ les chances de Prost, sont nombreuses.

Primo, lors de cette saison 1990, Mansell est copieusement dominé par Prost. L’intelligence de la course de Prost fait des ravages. Au Brésil, le Français modifie son setup sur la grille de départ, à cinq minutes de l’extinction des feux ... Vainqueur à Interlagos, Prost répond à Senna lauréat de la course d’ouverture à Phoenix. Apprenant l’italien, Prost mène les debriefings techniques dans la langue de Dante, isolant ainsi Mansell qui ne pipe un mot ... Après Monza, alors que Prost mène quatre victoires à zéro, Mansell a encore à l’esprit l’humiliation de Silverstone, le pire camouflet de sa carrière. S’il a souffert en 1986 à Adelaïde, ratant une couronne mondiale qui lui était promise, s’il a raté le titre en 1987 dans un duel fratricide contre Nelson Piquet, le pilote anglais a vécu l’enfer à domicile. A chaud, Mansell déclare vouloir prendre sa retraite à la fin de la saison 1990. La cicatrice n’est pas encore refermée.

Secundo, Mansell ne veut pas voir pour la deuxième fois de sa carrière (après Nelson Piquet chez Williams Honda en 1987) son coéquipier devenir champion du monde des pilotes. C’est pour cette raison que Mansell contrecarre les desseins mondiaux de Prost, lancé dans un duel terrible avec Ayrton Senna. Au plus fort d’une joute qui dure depuis 1988, Prost subit un coup de Jarnac venant de son propre camp. Mais Mansell sait à quel point le retentissement d’un championnat gagné par Prost avec Ferrari, qui attend le Graal depuis 1979, serait énorme. Impressionné par le colossal appétit de victoires du Français, qui l’a ridiculisé à Silverstone mais aussi à Mexico lors d’une implacable remontée, Nigel Mansell n’a d’autre choix que les coups bas, ceux que Nelson Piquet avait justement utilisé à son encontre en 1986 et 1987 chez Williams Honda. Le Carioca n’avait jamais supporté de ne pas être le fils préféré à Didcot. Leader de Ferrari en 1989, Mansell tombe de son piédestal en 1990 et voit Prost ravir toute l’Italie, la péninsule se consumant d’impatience devant ce titre.

Tertio, les deux pilotes ont des façons de courir diamétralement opposées. Prost l’épicier, Mansell l’acrobate. Très efficace sans forcément étaler un brio exceptionnel, le Français a pourtant tutoyé la perfection à Mexico et Silverstone. Dans son style fougueux, Mansell n’a pas encore coupé la ligne en vainqueur en 1990. C’est pourquoi il vise la première place à Estoril, afin de laver l’affront, de sauver son honneur. Au Portugal, Mansell se délivre de l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête depuis le début de la saison de 1990, depuis que l’ombre de Prost plane sur lui ...


Enfin, Nigel Mansell a la possibilité d’égaler le record de victoires d’un pilote anglais en Formule 1, les 16 victoires de Stirling Moss entre 1955 et 1961. C’est chose faite avec ce succès à Estoril. Mansell n’a plus en ligne de mire que Jim Clark et Jackie Stewart, britanniques eux aussi mais écossais, pour devenir le pilote le plus prolifique du Royaume. Un Royaume, qui ce jour là au Portugal, n’avait jamais mieux porté son nom de Perfide Albion ...


par AxelBorg
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