La grève des pilotes de 1982

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La grève des pilotes de 1982

Message par ascari 9 le Ven 6 Avr - 7:30:04

Si la saison 1982 est principalement (et tristement) réputée pour ses accidents graves (Pironi) et même mortels (Villeneuve, Paletti), on oublie parfois qu'elle a débutée sur une note très... revendicative.

En effet, comme le feraient aujourd'hui des ouvriers en entreprise ou des conducteurs de transports en commun, les pilotes de F1... sont partis en grève, refusant de piloter pour le 1er Grand Prix de la saison, le Grand Prix d'Afrique du Sud à Kyalami, couru le 23 janvier.

Comment en était-on arrivé là ? Tout le mécontentement des pilotes était dû à une clause figurant sur les nouvelles "superlicences"* de cette année-là.
* La "superlicence" étant le document que tout pilote doit posséder pour être autorisé (et jugé apte) à rouler en Formule 1. C'est ce même document que devait recevoir Kimi Raikkonen pour débuter en F1 (et qui fit tant débat, puisque Kimi n'avait que 17 courses de monoplaces au compteur, toutes dans des formules de promotion, inférieures à la F3).

Deux clauses en particulier ont retenu leur attention:
- Les articles n°2 et 3 qui stipulent que les pilotes doivent inscrire la date d'expiration de leur contrat avec leurs employeurs (alors que la super-licence n'est délivrée que pour une saison).
- L'article n°6 qui précise que les pilotes s'engagent à ne pas faire de tort aux intérêts matériels et moraux ou à l'image du championnat du monde de Formule 1.

C'est Niki Lauda qui le premier, remarque ces "irrégularités". De retour en F1 après deux années d'absence, il fut bien sûr très satisfait de recevoir une lettre de la FISA (ancêtre de la FIA) qui lui confirmait sa "superlicence".
Mais en y regardant de plus près, les clauses de cette licence l'ont fortement déplu, et pour cause:
" il était clair que la FISA avait émis des licences liant le pilote à l'équipe avec laquelle il avait un contrat, expliqua Lauda. C'était une restriction malhonnête de ma liberté."

Lauda en parla à Didier Pironi, alors président de l'association des pilotes (GPDA), avant le début de saison, et le Français avoua avoir approuvé ce texte par erreur. Lauda lui demanda d'en parler à Jean-Marie Ballestre ou Bernie Ecclestone mais arrivée la semaine du Grand Prix, rien n'avait bougé.

Pire, arrivés sur place, les pilotes sont obligés de signer une demande de "superlicence" pour pouvoir prendre part au Grand Prix, "superlicence" qui n'a bien sûr été en rien modifiée par rapport à la 1ère version qui faisait tant débat.

Pour son retour en F1, on peut dire que Niki Lauda se fait remarquer ! Il réunit ses collègues pilotes le mardi soir, afin de demander un réaménagement du texte de la super-licence, pour que celui-ci prenne en compte leur point de vue.
Les pilotes décident donc de ne pas signer leur demande de super-licence.

Mercredi matin, une commission des instances dirigeantes est réunie et Didier Pironi présente les revendications des pilotes. Pour toute réponse, la FISA réaffirme que les pilotes qui ne signent pas leur demande de super-licence seront, tout comme leur écurie, exclus du championnat. L'affrontement semble inévitable.

Le lendemain matin, les pilotes affrètent un car et se dirigent vers l'hôtel Sunny Side de Johannesbourg. Là-bas, ils s'enferment dans une salle de réunion.
Les instances dirigeantes ne se montrent pas moins inflexibles: la FISA annonce en début d'après-midi la suspension à vie des trente-et-un pilotes. Leur seul espoir est de se présenter le vendredi entre 8 et 9 h pour signer leur demande d'obtention de "super-licence", et alors seulement, ils éviteront la sanction.

(à suivre)

Sources:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

+ F1 Racing n°156 (Février 2012) pages 84-88: "Le jour où la F1 a pris le bus et s'est mise en grève", écrit par Alan Henry
avatar
ascari 9
Modérateur
Modérateur

Messages : 136
Date d'inscription : 23/02/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: La grève des pilotes de 1982

Message par ascari 9 le Mar 10 Avr - 7:29:01

suite...

Les pilotes tiennent bon et continuent à faire front: après avoir bloqué l'accès au circuit le jeudi matin avec leur car (ce que j'ai oublié de signaler dans la 1ère partie Embarassed ), ils passent la journée du jeudi à l'hôtel. Seuls Jochen Mass, Jacky Ickx (entrés tous deux par l'autre côté du circuit, ils ont raté le départ du car) et Teo Fabi (craignant les foudres de son patron, Alex Hawkridge) manquent à l'appel.

Pendant ce temps, au circuit, on assiste à une séance d'essais libres surréaliste avec seulement 2 pilotes en piste: Jochen Mass et Téo Fabi

L'aventure des "grévistes", quant à elle, prend des allures de camping collectif lorsqu'ils décident de loger ensemble dans la grande salle de réunion qu'ils avaient réquisitionnée.

C'est ainsi qu'on put assister à des scènes plutôt burlesques: une pièce remplie de pilotes rangés dans des sacs de couchage et la clé des toilettes sur une table au milieu de la pièce.

L'ambiance devint petit à petit détendue, Elio De Angelis et Gilles Villeneuve prenant possession du piano pour y jouer, l'un des oeuvres classiques, l'autre du Scott Joplin. Roberto Guerrero qui pilotait pour Ensign) eut même la surprise de voir débarquer sa femme qui, sans nouvelles, se demandait comment allait son mari.

"Plutôt que de la laisser dehors, nous avons trouvé plus poli de la faire entrer, raconta Niki Lauda. Elle est donc devenue la seule femme de notre assemblée." Finalement, la présence de Roberto Guerrero ne fut que symbolique puisque son Ensign fut exclue du Grand Prix et n'eut rien à faire de tout le week-end.

Les choses s'arrangent le vendredi puisqu'à 8 h 15 du matin, Niki Lauda, annonce en conférence de presse que Didier Pironi est allé à nouveau au circuit afin de négocier. Suite à cette action, les pilotes obtiennent un accord verbal sur le réexamen des textes de la super-licence.

... à suivre
avatar
ascari 9
Modérateur
Modérateur

Messages : 136
Date d'inscription : 23/02/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: La grève des pilotes de 1982

Message par ascari 9 le Jeu 12 Avr - 7:25:35

... suite

Et donc à 10 h du matin (toujours le vendredi), Didier Pironi déclare officiellement la fin du conflit: il avait obtenu toutes les garanties que les pilotes désiraient. Jean-Marie Ballestre s'est en effet engagé à réexaminer le point n°1 afin de donner aux pilotes les mêmes garanties qu'aux constructeurs.

Tout était donc rentré dans l'ordre pour le début des essais libres du vendredi. Mais certains n'étaient pas au bout de leurs peines !

Nelson Piquet, alors Champion du Monde en titre, eut la désagréable surprise de découvrir sa Brabham frappée du n°2 (au lieu du n°1 qui lui revenait bien sûr officiellment), comme celle de son équipier Riccardo Patrese.

Bernie Ecclestone, big boss de l'écurie Brabham, n'avait sûrement pas apprécié cette petite révolte de la part de ses pilotes. Il le montrait vraisemblablement à sa manière, en alignant ses 3 nouvelles Brabham BT50 (les 2 voitures de course et le mulet), toutes marquées du n°2.

Il ne mâcha pas ses mots: "Vu qu'ils sont restés debout toute la nuit, je ne crois pas qu'ils soient suffisamment en forme pour piloter une F1 avant d'avoir passé une visite médicale."

Bien que provocateurs, ces mots n'étaient peut-être pas tout à fait erronés: son pilote vedette Nelson Piquet sortit de la piste au 3ème tour, tirant tout droit dans Crowthorne (au 1er virage) après avoir bloqué ses roues au freinage.

La course se déroula bien comme prévu : après la sortie de route de Nelson Piquet, Gilles Villeneuve (au 6ème tour) et Riccardo Patrese (au 18ème) explosèrent leur turbo. Alain Prost remporta la victoire malgré une crevaison et un arrêt au stand qui lui firent perdre la 1ère place pendant quelques tours.

Au final, les pilotes ont gagné leur bras de fer face à la FIA. Les conditions écrites dans la "super licence" ont été réexaminées à leur avantage et Didier Pironi reconnut que ces heures passées ensemble (dans la chambre d'hôtel du Sunny Side) ont permis aux pilotes d'être moins étranger l'un à l'autre.

Kyalami 1982 fut l'une des rares fausses notes dans l'histoire de la F1. Bien sûr, il est difficile de se faire un avis sur ce genre de situation quand on ne l'a pas vécu personnellement. Alan Henry, journaliste, y était, et voilà ses impressions:
" Dans mon souvenir, il y avait plus un sentiment de confusion et d'amusement muet. Un léger soulagement, comme un antidote au sérieux de la F1."

Cependant, d'après lui, l'action des pilotes fut davantage une diversion sans grandes avancées à la clé: "Aucun circuit n'a été fermé suite à cet épisode. Aucun changement de règle majeur n'a été décidé. Aucun pilote n'a perdu son volant, directement ou indirectement."

Après la course, comme dernier rebondissement, les grévistes ont reçu une amende de 5000$, amende réglée par les écuries.
Jusqu'à aujourd'hui, on a plus jamais vu une telle rebellion, venant des acteurs pricipaux de la F1. D'ailleurs, il est difficile d'imaginer que ce soit possible.

Sources: voir partie 1
+ [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
avatar
ascari 9
Modérateur
Modérateur

Messages : 136
Date d'inscription : 23/02/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: La grève des pilotes de 1982

Message par Invité le Jeu 24 Jan - 13:28:42

Justement, il y a un bon livre qui en parle, vous devez le connaitre, c'est celui-ci:


Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: La grève des pilotes de 1982

Message par ascari 9 le Ven 25 Jan - 1:55:52

Je sais que ce livre est sorti à l'époque mais je n'ai jamais eu l'occasion de le lire. Je lis surtout les magasines.

Ce livre a l'air intéressant, en tout cas Wink
avatar
ascari 9
Modérateur
Modérateur

Messages : 136
Date d'inscription : 23/02/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: La grève des pilotes de 1982

Message par Dydy35 le Dim 3 Fév - 17:28:28

pour une fois que les grandes autorités comme la FIA perd un combat Smile
avatar
Dydy35

Messages : 76
Date d'inscription : 09/07/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: La grève des pilotes de 1982

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum