La décennie royale de McLaren (1984-1993)

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La décennie royale de McLaren (1984-1993)

Message par Modena49 le Lun 5 Mar - 10:34:53

De 1984 à 1993, l’écurie McLaren, façonnée pour la victoire par son manager Ron Dennis, termina six fois championne du monde des constructeurs (1984, 1985, 1988, 1989, 1990, 1991) et quatre fois dauphine (1986, 1987, 1992, 1993). Deux pilotes furent les fers de lance de cet âge d’or pour Woking, Alain Prost et Ayrton Senna, symbolisé par neuf victoires en dix ans à Monaco (1984-1986 et 1988-1993)!


Entre 1984 et 1993, McLaren ne fit donc jamais moins bien que deuxième au championnat du monde des constructeurs, seule Williams pouvant la battre à quatre reprises. Cet exploit uniquen’a été égalé par aucune autre équipe, même la Scuderia Ferrari ne pouvant faire aussi bien que pendant neuf saisons consécutives (1996-2004).

Durant ces dix saisons, l’écurie anglaise remporta un nombre colossal de courses, agrémenté de treize titres mondiaux (sept chez les pilotes, six chez les constructeurs).

McLaren, en 160 courses, récolta 74 victoires: 35 pour Senna, 30 pour Prost, 6 pour Lauda et 3 pour Berger (Keke Rosberg et Stefan Johansson n’ayant gagné pas une course respectivement en 1986 et 1987 en tant que coéquipiers de Prost, pas plus que Michael Andretti en 1993 face à Ayrton Senna,trois saisons où McLaren fut une one-car-team indigne de son statut).

Ces 74 victoires se répartissent aussi avec les différents motoristes ayant aidé McLaren:25 pour Porsche, 44 pour Honda, et 5 pour Ford.

74 victoires en 160 Grands Prix constitue un taux de réussite de 46.25 %. D’autres équipes ont fait mieux sur de longues périodes.

La Dream Team de la Scuderia Ferrari,sur lapériode de douze ans1997-2008 (nantie de quatorze titres mondiaux, six chez les pilotes, huit chez les constructeurs), remporta 102victoires en 206 courses: 69 pour M.Schumacher, 11 pour Massa, 9 pour Barrichello, 8 pour Räikkönen et 4 pour Irvine. 102 victoires en 206 Grands Prix représente un taux de réussite de49.51 %.

Quant à l’écurie Williams, entre 1986 et 1997, elle remporta 81 victoires en 194 courses, soit un taux de réussite de 41.75 %, pour un total de douze titres mondiaux (cinq chez les pilotes, sept chez les constructeurs).

Au final, le plus beau cadeau pour Ron Dennis, au terme de cette période 1984-1993, fut de voir McLaren copiée par ses rivales.


Le modèle de Jean Todt au sein de la Scuderia Ferrarise rapprochait du même objectif suprême que celui de Woking: tendre vers l’ultime limite de la perfection ... Avoir les meilleurs ingénieurs, le meilleur moteur, les meilleurs pilotes, les meilleures infrastructures ...

Quant à Williams, après avoir trop vite perdu Honda au profit de McLaren, elle se redressa avec Renault, dans une osmose presque aussi parfaite que celle de Woking avec le constructeur japonaise. Pas une copie carbone, car Didcot subit en 1994 et 1995 la morsure terrible de Benetton et de l’espoir allemand Michael Schumacher, mais une fort belle imitation, avec une redoutable hégémonie qui atteignit son pinacle en 1992 avec six doublés pour la paire Mansell - Patrese.

La période 1984-1993 commença sur les chapeaux de roue pour Woking, tout un symbole par la victoire de Prost à Rio de Janeiro, qui annonçait le futur radieux de cette écurie McLaren, le présent étant incarné par Niki Lauda. Le Viennois serait sacré champion du monde 1984 à Estoril avant de passer le flambeau au Français dès 1985. A peine l’époque Porsche terminée fin 1987, McLaren frappait encore plus fort avec Honda entre 1988 et 1991, écoeurant Ferrari, Williams et Benettontapies dans l’ombre sans autre forme de procès... Fin 1993, Ayrton Senna, l’homme au casque jaune,bouclait cette décennie mythique par un double exploit sensationnel en Australie: interrompant une série de 24 poles consécutives pour Williams-Renault (de Magny-Cours 1992 à Suzuka 1993), le virtuose brésilien confirmait en course, signant une cinquième victoire malgré son médiocre V8 Ford, si faible face au V10 Renault au jeu du hurlement des chevaux ...

La preuve ultime, pour Ron Dennis, du caractère royal de cette décennie 1984-1993 fut la terrible disette qui suivit: malgré Häkkinen, malgré l’arrivée de Mercedes en 1995, le patron anglais dut attendre le Grand Prix d’Australie 1997 pour voir une de ses monoplaces regagner en F1, soit une insupportable série noire de 49 courses sans victoire pour McLaren, à laquelle David Coulthard mit fin à Melbourne.

En 1997, le patron de McLaren résumapar une boutadeles trois années de jachère traversées par son écurie, sevrée de gloire dix annéesdurant:

Ces trois dernières années, mon seul temps derepos quotidienfut entre le moment où jequittais mes drapset celui où mon pied touchait le sol. C’est tout ce que je me suis accordé!

A croire que Ron Dennis avait eu droit, fin 1983, au nectar et à l’ambroisie, propulsant McLaren chez les dieux de l’Olympe, pour une décennie d’agapes sans interruption. Stakhanoviste de l’effort, Dennis était redescendu d’un coup d’un seul chez les mortels, orphelin de Senna parti fin 1993 chez les rivaux de Williams. L’ultime victoire du héros brésilien, à Adelaïde en 1993, était une victoire à la Pyrrhus, car McLaren savait qu’une époque se terminait, et pas seulement pour elle mais pour la F1 toute entière, désormais privée du duel Prost - Senna qui avait fait en 1988 et 1989 les plus belles heures de Woking, véritable épicentre de la course automobile de vitesse d’alors.

Trois monoplaces symbolisèrent l’hyperpuissance de Woking durant cette décennie.

La première fut la MP4/2, oeuvre de John Barnard, en 1984. Véritable révolution pour l’époque, disposant d’une coque en kevlar, la MP4/2 était propulsée par un V6 turbo Porsche cent coudées au-dessus de la concurrence (BMW, Honda, Ferrari, Renault ...)

La deuxième fut la MP4/4, en 1988, prolongement de la visionnaire Brabham BT55 née en 1986de l’imagination fertile de Gordon Murray. Caractérisée par une position de conduite très basse, cette monoplace diabolique fut immédiatement plus rapide que la concurrence, dès ses premiers tours de roue en essais privés à Imola, fief de la Scuderia Ferrari. Pilotée à la perfection par Prost et Senna, elle bénéficiait aussi du somptueux moteur Honda turbo. Mais l’équilibre du châssis était parfait, comme devait le prouver involontairement Lotus. A moteur égal (Honda), la Lotus de Nelson Piquet, à un rythme de 3 secondes au tour, termina à un tour des duettistes Senna et Prost sur l’autodrome Dino Ferrari d’Imola, lors du Grand Prix de Saint-Marin. Murray avait réussi à concevoir et dessiner l’arme absolue, sans la moindre fausse note, un chef d’oeuvre aux airs de requiem pour le reste du monde, qui, à l’exception de la Scuderia Ferrari, fut rapidement surnommé "le championnat B" en 1988!

La troisième fut la MP4/8, véritable merveille sur le plan du châssis et de l’aérodynamique. Quadrature du cercle en terme d’électronique, cette monoplace fut portée au pinacle par un Ayrton Sennaau sommet de son art, tant le Brésilien faisait corps avec son bolide. En 1993, à Donington ou Suzuka, le surdoué de Sao Paulo allaitaccomplir des miraclesdans son cockpit.Son seultalon d’Achille était le moteur Ford V8, dont le déficit face au V10 Renault des Williams rendait utopique les chances de Senna sur la longueur de la saison contre son grand rival Alain Prost.

Entre 1984 et 1993, McLaren gagna au moins 3 Grands Prix par saison ... La pire saison de Woking fut 1987, où Prost ne gagna que 3 courses, son coéquipier suédois Stefan Johansson ne disposant pas de l’envergure espérée par Ron Dennis, ce qui ouvrit la voie au recrutement d’un champion ... Après avoir approché Nelson Piquet (le Carioca refusant pour ne pas s’astreindre aux nombreuses tournées promotionnelles imposées par Marlboro), le patron de McLaren jeta son dévolu sur Ayrton Senna, talentueux espoir ayant fait ses gammes chez Lotus depuis 1985. Une nouvelle Dream Team était née, après le duo Lauda - Prost qui avait effectué une razzia sur la F1 en 1984.

Entre Rio de Janeiro 84 et Adelaïde 84, que de victoires mythiques pour les deux gladiateurs de la vitesse que furent Senna et Prost ... Adelaïde 86, Rio de Janeiro 87, Silverstone 88, Phoenix 90, Interlagos 91, Donington 93 ...

McLaren attira tous les superlatifs en 1988, frôlant le Grand Chelem avec 15 victoires en 16 courses, seul le Grand Prix d’Italie revenant à Ferrari, pour un doublé Berger - Alboreto qui déclenchaune explosion de joie chez les tifosi, un mois après la mort du CommendatoreEnzo Ferrari!

Mais le plus bel exploit de Ron Dennis n’est pas là, mais ailleurs ... Le blason de Marlboro, cette robe rouge et blanche qu’arbora McLaren entre 1984 et 1993 (et plus largement de 1974 à 1996), avait fini par devenir une couleur à part entière, un contrepoint au rouge de Ferrari...
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Re: La décennie royale de McLaren (1984-1993)

Message par Modena49 le Lun 5 Mar - 10:35:47

La décennie royale de McLaren (1984-1993)

Salut Axel, sympa l’article ! Ron Dennis symbolise surtout une certaine rigueur apportée au team McLaren à son arrivée, comme l’avait d’ailleurs constaté Alain Prost en 1984. Après sa première saison en F1 pour le team anglais alors dirigé par Teddy Mayer, le Français passa trois saisons chez Renault avant de retrouver l’écurie de ses débuts. Pour son retour, Prost ne reconnaissait plus rien ni personne, tant le team avait évolué.

La force de Dennis fut également de faire venir des pilotes de calibre. Niki Lauda d’abord, qu’il sortit de sa retraite en prétextant un essai à huit clos, juste pour voir... Alain Prost aussi, en saisissant l’opportunité d’enrôler l’espoir français, devenu indésirable chez Renault. Ayrton Senna enfin, sur les conseils de Prost, qui voyait d’un bon oeil les relations entre le Brésilien et le nouveau motoriste des bolides de Woking, Honda.

Le point d’orgue de la réussite de McLaren se situe lors de la saison 1988, où sa Dream Team raflait tout sur son passage, où ses pilotes se battaient sainement pour le titre, offrant un spectacle inoui. Le départ de Prost, quoiqu’on en dise, fut fin 1989 un premier traumatisme. Jamais Dennis ne retrouvera une paire de pilotes si compétitive que sur la période 1988-89. Puis, la démotivation d’Ayrton Senna, qui aurait rejoint Ferrari en 1991 et Williams-Renault en 1993 si Prost n’avait pas été là.

En perdant Honda fin 1992, Dennis paya son manque d’anticipation, même si la MP4-8 fut une merveille. Son V8 Ford était peu puissant, mais son faible poids et sa consommation mesurée permettaient à Senna de contrer les surpuissantes Williams-Renault sur les circuits sinueux ou sous la pluie. A partir d’Imola en 1993, Senna savait qu’il ne pourrait pas contrer un Prost plus hargneux que lui sur l’exercice. Le Brésilien a rapidement préparé son avenir pour 1994. Dennis, lui, se tourna vers Peugeot, avant de choisir Mercedes, dont le projet semblait bien plus structuré.

Courant 1994, comme il l’avait fait fin 1993, Ron Dennis tenta de ramener Prost à la compétition comme il l’avait fait avec Lauda dix ans plus tôt. Le Français fut le premier à rouler dans la première McLaren-Mercedes de 1995. Mais la mort de Senna était de trop pour le Français, qui a malgré tout longuement hésité. Il fit le choix de monter son écurie, projet devenu réalité dès 1997. Entre temps, après les échecs de castings de Dennis (Nigel Mansell puis Mark Blundell) en 1995, Prost intégra le team de Woking pour encadrer les pilotes en 1996. Mika Hakkinen admit que l’influence du quadruple champion du monde lui fut très importante, quand David Coulthard attribua sa victoire de Melbourne 97 à l’ancien pilote.

Dennis a eu le génie de faire de McLaren une machine à gagner. Mais avec le temps, l’homme s’est coupé de la piste, trop occupé a assuré la pérennité de son team quand d’autres tombaient les uns après les autres (Lotus, Ligier, Tyrell, Brabham et même Williams). En 2007, avec le tamdem Alonso-Hamilton, Dennis a pris un coup de vieux, ne savant plus comment gérer les égos de deux champions de cette envergure.
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