"Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

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"Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par ascari 9 le Mer 29 Fév - 7:18:38

Une Fort GT 40 bricolée (avec Phil Hill à son volant) pour y intégrer une caméra à l’avant ou l’arrière, l’acteur James Garner ("La Grande Evasion", "Space Cowboys", …) au volant d’une BRM puis d’une McLaren, Yves Montand sur Ferrari, la toute jeune Françoise Hardy en groupie peu bavarde, c’est le spectacle très inhabituel auquel on pouvait assister lors de certains grand-prix de la saison 1966.

En cause : le tournage d’un film qui allait devenir un classique du genre pour tous les amateurs de F1. Avec « Grand Prix » (le titre du film donc) de John Frankenheimer (Ronin, French Connection II, …), c’est toute l’atmosphère de la F1 des années 60’ qui est parfaitement rendue à l’écran et qui devient donc palpable pour le (télé)spectateur.

La plongée dans le monde de la F1 est réelle car ce film utilise tous les ingrédients nécessaires. Il débute en nous faisant vivre tambour battant le départ du Grand Prix de Monaco (au rythme des moteurs prêts à rugir) et en nous faisant ressentir la tension naturelle que procure pour un pilote cette situation décisive. Ensuite, comme pour tout documentaire automobile digne de ce nom, le spectateur se retrouve en caméra embarquée dans le cockpit des pilotes de tête et parcourt un tour du circuit de Monaco dans les mêmes conditions que les pilotes.

Il est à noter qu’aucun artifice ne sera utilisé lors de ces séquences de caméra embarquée. L’équipe disposait d’un système anti-vibration qui limitait donc l’effet des secousses à l’écran. Mais comme l’a témoigné John Stephens, chef opérateur : « On l’a supprimé car les secousses offraient un réalisme supérieur. »

L’arrivée d’une équipe de cinéma avait de quoi éveiller la méfiance des vrais acteurs de la F1. Les écuries et leurs pilotes voient ces intrus comme une entrave à leur travail. Néanmoins, peu à peu, quasiment tous collaborent. Seul John Surtees refuse, ainsi que Jim Clark et Colin Chapman (car un film sur Lotus était en projet, mais n’a d’ailleurs jamais vu le jour). C’est ainsi que l’on retrouve la présence de Graham Hill (dans le rôle de Bob Turner), Dan Gurney, Bob Bondurant, Richie Ginther, Lorenzo Bandini, Jo Bonnier, Jack Brabham, Bruce McLaren, Jochen Rindt et Mike Spence.

Autre collaborateur de choix, Phil Hill, tout juste retiré de la F1 en 65’, aura un travail important pendant le tournage : celui de piloter une Ford GT40 munie d’une caméra à l’arrière et tractant l’une ou l’autre voiture des acteurs principaux (pas toujours à l’aise au volant de leurs bolides) pour filmer les bagarres en piste.
La caméra pouvait aussi se trouver à l’avant et filmer à même la piste. Ce fut le cas à Spa-Francorchamps, mais cette fois sur une McLaren de type Indy, prêtée par Bruce McLaren lui-même. Ce qui en résulte est une séquence d’anthologie sur le circuit ardennais (celui de 14 kms, bien sûr). Grâce à ce procédé, le spectateur découvre un à un avec surprise les concurrents éliminés par les conditions dantesques et les carcasses de leurs voitures rangées de façon parfois précaires (comme par exemple, la Cooper-Maserati de Jo Bonnier en équilibre sur un pont).

John Frankenheimer bénéficia également de l’aide bienveillante de Bernard Cahier (le photographe de référence en F1 à l’époque) et donc, de tous ses collègues. En effet, lors de la 1ère journée de tournage, une scène faisait intervenir des photographes qui se rassemblent autour d’une Ferrari. Bien sûr, les photographes n’étaient que des acteurs qui n’y connaissaient rien à cette profession particulière. Comme Bernard Cahier le rapporta pour le magasine F1i : « Les pauvres, ils avaient l’air perdus ! Et cette scène sonnait terriblement faux. Je lui dis [à J.Frankenheimer] : ‘ Tu ferais mieux de recruter des vrais photographes. Ils ne joueraient pas, eux. Ils feraient simplement leur métier.’ » Aussitôt dit, aussitôt fait : les photographes qui interviennent dans le film sont bien Bernard Cahier et l’ensemble de ses collègues spécialisés en F1.

Mais la personne la plus difficile à convaincre fut indéniablement Enzo Ferrari. « Enzo Ferrari nous a dit qu’il ne voulait même pas que le nom de Ferrari apparaisse à l’écran », témoigna John Frankenheimer. Alors, après Monaco, le réalisateur s’invite à Maranello et lui montre une séquence initiale de 30 minutes (d’images tournées à Monaco). Le Commandatore est conquis. Il donne carte blanche à Frankenheimer : « Vous pouvez avoir l’équipe, l’usine, tout. » Une séquence sera tournée dans les usines de Maranello et le personnage du Commandatore (joué par Adolfo Celli) apparaîtra à plusieurs reprises dans le film.

...
(bientôt, la suite)


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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par Modena49 le Mer 29 Fév - 14:20:31

excellent bravo ascari9



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Message par Guylaine le Jeu 1 Mar - 0:51:21

en effet excellent départ !



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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par ascari 9 le Ven 2 Mar - 8:04:22

...

Et voici les acteurs principaux ! La partie sportive du scénario met en compétition 4 protagonistes importants au titre de Champion du Monde 1966 :
- L’ancien Champion du Monde français Jean-Pierre Sarti (interprété par Yves Montand, que l’on ne présente plus), sur Ferrari.

- Le talentueux pilote britannique Scott Stoddard (joué par Brian Redford), qui arrive tout doucement à maturité, et dont le grand frère, pilote également, s’est tué en Grand Prix. L'écurie Jordan-BRM compte beaucoup sur lui.

- Le fiable mais pas extraordinaire Américain Pete Aron (interprété par James Gardner, l’une des stars du film « La Grande Evasion »), qui n'a pas encore prouvé être capable d'être Champion du Monde. Il commence comme équipier de Scott Stoddard sur Jordan mais passera en cours de saison chez Yamura (dans le film, les voitures sont des McLaren maquillées mais l'hommage à Honda est évident).

- L’espoir italien (et donc un peu play-boy) Nino Barlini (joué par Antonio Sabato), coéquipier de Jean-Pierre Sarti chez Ferrari. C'est sa 1ère saison en F1 après 3 titres de Champion du Monde de... motocyclisme.

Les rôles féminins sont également intéressants. On reconnaîtra notamment la célèbre chanteuse française Françoise Hardy, dans le rôle d’une groupie très peu bavarde mais amatrice de vie aventureuse.

La saison 1966 compte 9 Grands Prix (Monaco, Belgique, France, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Etats-Unis et Mexique) mais pour donner une importance majeure aux circuits les plus célèbres, l’ordre d’apparition de ces courses sera modifié. C’est ainsi qu’après Monaco, le GP de France passe avant celui de Belgique.

D’ailleurs, les organisateurs français du circuit de Reims sont les seuls à avoir refusé l’accès à l’équipe de John Frankenheimer. Il y aura malgré tout un GP de France dans le film : pas à Reims, mais à Charade, autre piste célèbre. Bien sûr, tout était faux et tous les personnages intervenants (jusqu’aux aux spectateurs anonymes) étaient payés par la production. Le scénario se concentrera sur des événements d’avant-course et non sur la course en elle-même. Celle-ci sera d'ailleurs filmée de façon artistique, avec beaucoup d'effets d'images, jolis au regard mais ne permettant pas de distinguer l'évolution du classement de la course.

Par contre, les images tournées à Spa-Francorchamps valent le détour, surtout celles recueillies par la caméra placée à l’avant de la McLaren Indy de Phil Hill et par hélicoptère (comme expliqué dans la 1ère partie de ce sujet). Une averse subite s’était produite au 1er tour dans la 2ème partie du tracé (après les Combes, vers Stavelot et Malmedy), ce qui fut la cause d’un « carnage » mécanique (tant les abandons sur sortie de route furent nombreux). Dans le film, ces images impressionnantes seront utilisées dans la 2ème moitié de la course.

Les puristes apprécieront particulièrement une scène d’avant-course dans laquelle tous les pilotes ou presque sont rassemblés pour discuter de la sécurité du tracé. Et au vu de leurs remarques, on ne peut que faire le lien avec les images apocalyptiques (réelles ! ne l’oublions pas) de la course et avec la future absence au Championnat de ce circuit à partir de 1971 (remplacé par Nivelles puis Zolder pour ne revenir que dans les années 80’, raccourci de moitié). Cette scène nous rappelle également le travail que fait l’actuelle GPDA (Grand Prix Drivers Association), qui rassemble les pilotes de F1 et qui se réunit pendant chaque week-end de Grand Prix pour, là aussi, discuter des améliorations possibles de la sécurité du tracé.

Après avoir évoqué le résultat du GP d'Allemagne au Nürburgring, le film propose des images du GP des Pays-Bas à Zandvoort, et là encore, les caméras embarquées (de bolides lancés au milieu des dunes) impressionnent le spectateur. Une division ingénieuse de l'écran permet même de suivre en parallèle les différents protagonistes.

Après Zandvoort, les résultats des GP’s des Etats-Unis (Watkins-Glen) et du Mexique (Mexico) sont simplement signalés.

Ensuite, retour des équipes en Europe, à Brands-Hatch pour le GP de Grande-Bretagne. Les images montreront essentiellement la fin de course et un coup de théâtre spectaculaire.

Le film se clôture à Monza, où bien sûr, comme par hasard Wink , les 4 personnages principaux peuvent être titrés (non, je ne vous dirai pas le résultat Razz ).

L’équipe du film dépoussière le vétuste anneau de vitesse cinq ans après sa dernière utilisation (dans le tristement célèbre GP d’Italie 1961 qui a vu la mort de Wolfgang Von Trips) pour réaliser des images à couper le souffle (l’inclinaison de cette anneau est impressionnante, en fait). Et bien sûr, apothéose d’une saison animée, ce dernier Grand-Prix sera le théâtre d’une course à rebondissements, pas toujours réjouissante mais palpitante jusqu’au bout.

(suite la semaine prochaine)

Sources pour cette partie:[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par Guylaine le Ven 2 Mar - 8:14:35

J'ai hâte de lire la suite Very Happy



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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par ascari 9 le Ven 2 Mar - 8:41:35

Le plus dur est de dire ce qu'il y a d'intéressant dans le film sans le raconter Laughing
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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par Guylaine le Ven 2 Mar - 11:07:10

Tu y arrives très bien



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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par ascari 9 le Mar 6 Mar - 7:13:29

J'ai quand-même quelques rectifications à faire:

- les images de caméras embarquées à Spa sont tournées, non pas avec la Ford GT40 utilisée habituellement mais avec une McLaren de type Indy, prêtée par Bruce McLaren.
- le résultat du GP du Nürburgring est évoqué entre Spa et Zandvoort
- C'est la course de Charade (GP de France) qui est filmée de façon particulièrement esthétique et non Zandvoort.

A Zandvoort, John Frankenheimer utilise à nouveau les caméras embarquées (au milieu des dunes, l'impression de vitesse est bien là) ainsi que la division d'écran pour bien séparer les différents protagonistes.
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Re: "Grand Prix" (1966) : quand cinéma et F1 ont fait bon ménage

Message par ascari 9 le Ven 9 Mar - 7:37:10

...

John Frankenheimer ne laissa rien au hasard pour que le pilotage de ses acteurs puissent être assimilé à du vrai pilotage de compétition. Il les envoya à l’école de pilotage de Jim Russell (basée à Snetterton), très célèbre à l’époque, à part James Garner, plus doué que ses collègues, qui bénéficia des conseils de Bob Bondurant. Les voitures utilisées seront d’ailleurs des Formule 3 de l’école de Jim Russell, maquillées en F1 (le subterfuge passera d’autant plus inaperçu que la règlementation des F1 avait changé en 66’).

Il est d’ailleurs amusant de comparer les fortunes diverses des différents acteurs. « Yves Montand ne se débrouillait pas trop mal, expliqua John Frankenheimer en 1998, Antonio Sabato s’en sortait tout juste, mais Brian Bedford n’était même pas capable de changer de vitesse, il se faisait donc doubler pour les séquences en piste. »

Yves Montand, lui, ne voulait pas entendre parler de doublage. Mais il se repentit très vite de sa prétention. Comme le racontait Bernard Cahier au magasine F1i, « à Monaco, il est parti en tête à queue au Casino avant de rentrer aux stands blanc comme un linge. Frankenheimer ne lui a pas laissé le temps de reprendre des couleurs : ‘C’est bien ce que vous faites, mais je pense que ce serait encore mieux si Phil Hill était au volant.’ ». C’est ainsi qu’Yves Montand se faisait tracter par la Ford GT40 de Phil Hill et pouvait se concentrer sur son jeu d’acteur pour simuler la conduite acharnée d’une Formule 1, filmé de face par la caméra vissée à l’arrière de la Ford.

Phil Hill fut vraiment d’une grande aide pour John Frankenheimer, et pas seulement pour avoir piloté la Ford GT40 sur laquelle la caméra était installée. D’abord, l’ex-pilote joua le rôle de Tim Randolph, habitué aux places d’honneur, un des 2 pilotes Yamura rejoint en cours de saison par Pete Aron. Mais surtout, il fut un parfait conseiller, rattrapant parfois certaines lacunes de tournage.

En effet, l’équipe du film n’avait pas pu enregistrer le son direct. On convia donc Phil Hill sur une piste en ligne droite pour enregistrer les changements de rapport de boîte opérés à Monaco, ce que l’ex-pilote réalisa de mémoire ! et avec une synchronisation parfaite.

Mais si le film est une véritable ode à la F1, c’est aussi pour ses hommages, évidents ou plus discrets, à des pilotes ou des évènements qui ont jalonné le championnat de F1 à ses débuts.

La personnalité et les caractéristiques des 4 protagonistes principaux nous font immanquablement penser à des pilotes de l’époque :
- Pete Aron, américain, porte le casque de Chris Amon, néozélandais, mais en rejoignant un team japonais en cours de saison, il nous fait davantage penser à un de ses compatriotes "ricains", Richie Ginther, qui rejoignit Honda en cours de saison. Bien sûr, l’arrivée chez Honda la plus célèbre est celle de John Surtees, mais elle ne se fit qu’en… 1967 (après avoir claqué la porte de chez Ferrari, Surtees courut les 7 dernières courses de 1966 chez Cooper Car, en lieu et place de… Richie Ginther).

- Jean-Pierre Sarti court 2 courses avec le casque de John Surtees puis (bizarrement, après le départ de Surtees de chez Ferrari) avec celui de Mike Parks, autre pilote Ferrari. Il est plus difficile de le comparer avec un pilote en particulier… peut-être avec Jean Behra, décédé en 1959, ou plus généralement, avec tous les pilotes tombés en disgrâce chez Ferrari.

- Scott Stoddard porte le casque de Jackie Stewart, qui n’en est alors qu’à sa 2ème saison, mais par sa démarche, par son côté compétiteur et par son physique à la fois maigrelet et très british, la ressemblance avec Jim Clark est frappante. Même si Stoddard court sur BRM et Clark sur Lotus, le lien très fort – presque paternel – entre le manager Jeff Jordan et le pilote Scott Stoddard est comparable à celui qui unissait le grand Colin Chapman à Jim Clark.

- Nino Barlini court avec le casque de Lorenzo Bandini et il faut bien avouer que leurs situations (jeunesse, nationalité, …) correspondent. On peut toutefois comparer le côté motard (plus précisément : champion du monde de motocyclisme) de ce personnage à John Surtees, qui connut la même trajectoire en sports mécaniques avant de rejoindre Ferrari.

Lorenzo Bandini, justement, avait été sollicité par John Frankenheimer pour lui demander, en faisant avec lui un tour de circuit, quel endroit était le plus propice aux accidents. Bandini répondit : « A la chicane ! » (celle après le tunnel, NDLA), à l’endroit même où un an plus tard, il allait heurter de plein fouet un lampadaire pour plus tard succomber de ces blessures. Une bien triste anecdote !

Et dans le film, il allait bien y avoir un accident à la chicane. Et là encore, on peut y voir un hommage à la F1 du passé, puisque Pete Aron plonge dans l’eau du port, tout comme Alberto Ascari l’avait fait avant lui 11 ans plus tôt avec sa Lancia. D’autres accidents allaient émailler ce film, tous démontrant le manque flagrant de sécurité à l’époque.

Plus qu’une fiction, « Grand Prix » est un véritable témoignage d’une F1 aujourd’hui disparue. Une F1 où les pilotes pouvaient se sentir chanceux de sortir indemnes d’une course. Une F1 où les circuits étaient plus que de simples pistes de compétition, mais des impitoyables juges de paix pour déterminer le meilleur ensemble pilotes-voitures. Une F1 où le comportement des machines n’était pas réglé « comme du papier à musique » comme aujourd’hui. Les problèmes mécaniques, plus fréquents, pouvaient arriver et obliger le pilote à adapter son pilotage.

Alors, bien sûr, au-delà des évènements touchant les grand-prix, il y a également un scénario plus conventionnel, teinté de romance. Ceci dit, même dans certaines de ces scènes, moins intéressantes pour le passionné automobile, les répliques des personnages principaux nous font prendre conscience de la mentalité des pilotes de l’époque : ne pas laisser la peur ou la sensibilité prendre le pas sur la soif de vaincre ou sur le bonheur d’une victoire, même si les circonstances sont graves. Mais si un champion automobile venait à perdre un peu de son enthousiasme, sa situation lui semblerait alors très absurde.

Depuis cette œuvre, nul autre ouvrage cinématographique n’a pu égaler « Grand Prix ». Bien sûr, « Le Mans » (1971), produit par Steve McQueen, également acteur principal du film, est aux 24h mancéennes ce que « Grand Prix » est à la F1, mais il manque de scénario (et surtout, de dialogues !).

Steve McQueen devait en fait jouer le rôle de Pete Aron mais des divergences d’opinion avec l’associé du réalisateur en décidèrent autrement. Il a quand-même du apprécier l’ouvrage car lors de sa rencontre suivante avec James Garner (les 2 acteurs étaient en fait voisins), il lui a déclaré : « On a vu ton film hier soir, celui avec les voitures. C’était pas trop mal. » Effectivement, c’est « pas trop mal », et à conseiller à tous fans de Formule 1.

Sources pour tout ce sujet :
« Un tour à 24 images par secondes » (F1 Racing Octobre 2006), article écrit par Steve Cooper
« Grand Prix : Pas une ride ! » (F1i automne 2006), écrit par Philip Van Osten
« Quand Hollywood rencontra la F1 » (F1 Racing Mai 2009), par Stuart Codling
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Message par Modena49 le Lun 2 Avr - 0:40:56

excellent modena49



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