La puissance aux quatre roues

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La puissance aux quatre roues

Message par Modena49 le Mer 24 Aoû - 11:53:36

Laurence Edmondson
19 août 2011


Plus tôt cette année, le manufacturier Ferrari a profité du Salon automobile de Genève pour dévoiler sa toute première voiture à quatre roues motrices. Alors que le président Luca di Montezemolo retirait fièrement la toile couvrant la FF, certains se demandaient si Enzo Ferrari se retournait dans sa tombe.

Au cours de ses 64 années d'histoire, la fameuse marque italienne n'avait jamais pensé transmettre une partie de la puissance vers les roues avant. Et pourquoi le faire ? Ferrari a toujours existé pour la Formule 1 et la Formule 1 a toujours été dominée par des voitures à traction arrière.

Mais au début des années 1960, un pionnier irlandais de l'industrie du tracteur décidait de défier cette norme grâce à un grand projet d'ingénierie. Ce visionnaire se nommait Harry Ferguson et son rêve était le Project 99, la première monoplace de Formule 1 à quatre roues motrices.

La Ferguson P99 a été développée en collaboration avec les pilotes Freddie Dixon et Tony Rolt. L'idée était de construire une monoplace légère et compétitive, et de démontrer le potentiel qu'une telle technologie à quatre roues motrices pourrait avoir sur les voitures de série.

Malheureusement, le timing de l'opération laissait à désirer. Non seulement Ferguson est décédé avant que sa P99 roule en piste, mais un nouveau règlement technique faisait passer les moteurs de 2,5 à 1,5 litres. Avec l'arrivée d'un moteur moins puissant, l'amélioration de la traction devenait un sujet moins pressant. De plus, cela faisait déjà trois ans que Cooper avait placé son moteur à l'arrière du pilote et ainsi lancé cette tendance, alors que pour des raisons d'équilibre la P99 était dotée d'un moteur placé à l'avant.

Elle a fait ses débuts en 1961, au sein d'un plateau dominé par des voitures dont le moteur était situé à l'arrière du cockpit. La Ferguson faisait penser à l'écolier qui avait une année de retard sur les autres. En fait, c'était dommage car il s'agissait de la plus innovante des monoplaces sur la grille.

Harry Ferguson avait été chercher Claude Hill chez Aston Martin pour lui demander d'intégrer les trois différentiels et l'arbre de transmission, dont la configuration était complexe, à sa voiture. Le pilote et le moteur n'étaient pas tout à fait centrés, question d'accommoder la mécanique. Hill a laissé assez de place sous le capot pour qu'un moteur 2,5l puisse y être installé, mais le 1,5l était utilisé pour les courses de F1. Ferguson a aussi ajouté des freins antiblocage, une technologie très en avance sur son époque mais pas au goût de tous les pilotes.


Ferguson est décédé le 25 octobre 1960, à 75 ans. Mais sa compagnie Ferguson Research a survécu avec Holt, déterminé à continuer le programme de la Project 99. C'est à Silverstone, lors du British Empire Trophy de 1961, que la voiture a fait ses débuts. Elle a roulé sous la bannière de l'écurie Rob Walker avec Jack Fairman derrière le volant. Toutefois, un problème mécanique provoquerait son abandon. La voiture était de retour lors du Grand Prix de Grande-Bretagne à Aintree, où Walker avait également une Lotus 18/21 pour son pilote vedette Stirling Moss.

C'était plutôt approprié de voir la première course de Formule 1 d'une voiture à traction intégrale se dérouler sous la pluie. Mais c'est Moss, aux commandes de sa Lotus, qui se battait contre les dominantes Ferrari. Alors qu'il attaquait Wolfgang von Trips pour la première place, Moss a glissé hors piste. Peu de temps après, il rentrait aux stands avec des problèmes de freins. L'équipe a rappelé Fairman, dont la course était peu remarquable, et laissait Moss retourner en piste avec la P99.

Il a vite fait de remonter le peloton avant d'être disqualifié car on avait poussé sa voiture dans la voie des stands. Moss était néanmoins intrigué par les habiletés de la Ferguson et voyait en elle beaucoup de potentiel.

"Lorsque vous attaquez un virage avec une voiture à traction arrière, vous réglez la voiture en fonction de mettre toute la gomme dès que possible", a-t-il expliqué à ESPNF1. "Mais il ne fallait pas piloter la Ferguson de cette façon. Il fallait consciemment viser le virage et mettre les gaz. C'était beaucoup plus compliqué et moins exaltant, et certainement difficile à maîtriser comme technique."

Heureusement pour Moss, il apprenait vite. Lorsqu'il s'est présenté au International Gold Cup à Oulton Park, il savait exactement comment faire. La course respectait la réglementation F1 alors la P99 était équipée d'un moteur à 1,5l comme les autres voitures, mais elle avait son arme secrète pour la fine pluie typique des été britanniques. 2e sur la grille de départ, Moss a dominé les monoplaces Lotus, BRM, Cooper et autres. La course a été gagné avec 46 secondes d'avance sur Jack Brabham. Entre la maîtrise de Moss sous la pluie et l'apport des quatre roues motrices, la Ferguson P99 était tout simplement imbattable sur ce sinueux circuit longé d'arbres.


En ce qui concerne la 'Fergie', c'était le genre de voiture qu'on aurait adoré garder au fond du garage lorsqu'il faisait beau, et en profiter pour la mettre en piste en cas de pluie", se souvient Moss, un demi-siècle plus tard. "S'il pleuvait, cette voiture était imbattable. Absolument imbattable."

Ce fut la première et dernière victoire d'une voiture à quatre roues motrices dans un contexte de Formule 1, en plus d'être la dernière d'une voiture au moteur situé devant le pilote. Moss est resté très impressionné par l'expérience, assez pour dire qu'il compte la P99 parmi les meilleures monoplaces de l'époque.

"Comment la comparer à une (Maserati) 250F ? Laquelle aurions-nous préféré ? Elle était certainement la plus rapide des voitures sur piste humide, bien que moins facile à piloter qu'une traction arrière. Mais en apprenant le style de pilotage nécessaire et la technique requise dans les virages, elle pouvait être très rapide sur le sec."

Mais le reste du monde de la Formule 1 ne partageait pas l'enthousiasme de Moss pour un train à quatre roues motrices. La P99 a ensuite participé au GP d'Australie (hors-championnat) avec Graham Hill aux commandes. L'épreuve n'était pas liée à la réglementation F1 alors un moteur 2,5l était à bord. La voiture a terminé à la 6e place mais par la suite, elle parvenait à rallier la 2e place lors du Lakeside International. De retour en Angleterre en 1964, elle a remporté le championnat de montagne avant d'être retraitée en 1968.

BRM, Matra, Lotus et McLaren ont toutes exploré le potentiel de la transmission Ferguson à la fin des années 1960, mais aucune de leurs versions n'a été aussi efficace que celle de la P99. Lorsque la FISA a interdit de telles technologies en 1982, cela a renforcé le statut de Ferguson, seul manufacturier à avoir remporté une course de Formule 1 avec une voiture à quatre roues motrices. À moins que le principe soit permis de nouveau un jour, rien ne pourra déloger la P99 de son piédestal.

La Ferguson P99 était une voiture très inhabituelle, une Formule 1 qui parvenait à être à l'avant-garde sur certains aspects tout en étant désuète sur d'autres. Ses résultats comptent autant de réussites que de défaites. Mais elle était innovante. Nous pourrions dire que Ferrari, avec sa FF de série, a mis cinquante ans pour l'imiter.

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Stirling Moss pilote la Ferguson P99 lors du festival Goodwood

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