Qu'ont-ils dans le crâne, ces pilotes de F1 ?

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Qu'ont-ils dans le crâne, ces pilotes de F1 ?

Message par Modena49 le Sam 20 Sep - 14:40:24

Fermé pour cause de travaux ! Quand nous avions contacté le Dottore Riccardo Ceccarelli (48 ans) afin de visiter sa fameuse « clinique » par laquelle sont déjà passés tant de champions de F1, on se préparait à débarquer dans une villa cossue, au nord de la Toscane. Les longues minutes passées à trouver l'endroit, en plein milieu du zoning industriel de ce qui est annoncé dans les guides touristiques comme « la Perle de la mer Tyrrhénienne », puis ce panneau, nous ramenèrent immédiatement à la réalité : ici, on bosse ! Enfin arrivés au dernier étage de l'hôtel qui, non loin de là, abrite provisoirement la « salle de torture » en attendant la réouverture du (nouveau) centre de « Formula Medicine » – agrandi, réaménagé, mais certainement pas devenu plus « tape-à-l'œil » –, la chose se confirme : ici, on sue !

Devant nous, trois jeunes imberbes s'époumonent sur des tapis roulants et autres machines de souffrance bien connus de tous ceux qui fréquentent les salles de fitness. Ici cependant, pas de donna aux fesses galbées donnant le rythme, un micro accroché à l'oreille. Frans et un acolyte passent de l'un à l'autre en donnant des instructions très précises. Chrono en main face à l'un, métronome en mouvement afin de donner le rythme face à un autre, tout se passe dans le calme. Et en tenue !

Bertrand Baguette, le pilote belge qui nous accompagne ce jour-là, se fait gentiment remballer au vestiaire par Frans : le tee-shirt qu'il a enfilé arbore bien le logo de « Formula Medicine », mais c'est un « vieux modèle ». Et la dernière collection est sensiblement différente… Toute similitude avec certaines attitudes adoptées dans un milieu comme la F1 n'est bien évidemment que purement fortuite…

La F1, c'est pourtant bien de cela qu'on parle ici. Quelques magazines spécialisés posés sur une table le rappellent. Sur une étagère, on aperçoit les dossiers de Robert Kubica et Nelson Piquet. On aimerait les ouvrir pour savoir ce qu'ils ont dans le ventre ceux-là. Pas question, le secret médical sera fermement respecté pendant l'entretien…

« J'ai plongé dans le monde de la F1 en 1989, alors que je suivais Ivan Capelli, raconte Riccardo Ceccarelli. J'ai été saisi par le côté amateur qui régnait en F1 à cette époque-là. Les teams n'investissaient absolument pas dans leurs pilotes. Il y avait parfois un gars qui faisait office de masseur, d'entraîneur et de docteur ! Le tout pour un seul homme. J'ai alors créé “Formula Medicine”. J'entame ma 20e saison. Je reste un des rares dans le milieu. Et même si cela va mieux, je dois encore parfois me battre pour faire comprendre aux chefs d'écurie qu'il n'est pas moins important d'investir dans l'homme que dans la machine. »

Quand un pilote frappe à la porte de « Formula Medicine », il subit un check-up complet : prise de sang, radios, échographie, mesure de la masse graisseuse, de la taille des abdos, des pectos, des quadriceps, etc. Ensuite, un psychologue jauge le candidat au travers d'un « test de la personnalité » qui permettra notamment d'être fixé sur sa résistance au stress ou sur son agressivité. Dans certains cas, il a même recours à un détecteur de mensonges. « On sait bien qu'ils mentent tous, les pilotes, surtout quand il s'agit d'expliquer une contre-performance !, sourit Ceccarelli. Mais cela nous permet de mieux jauger l'émotivité des candidats. »

Ensuite, un programme physique et nutritionnel est élaboré. Aucune recette miracle n'est dispensée par Riccardo Ceccarelli et son équipe. Mais chaque pilote fait l'objet d'une évaluation régulière et rigoureuse. « C'est facile, dit Frans. Nous sortons régulièrement des tableaux de résultats. Quand c'est vert, c'est OK. Quand c'est rouge, non. Et je peux vous dire que rares sont les pilotes qui aiment le rouge… »

Outre les exercices physiques, des exercices d'attention sont effectués sur ordinateur : recherche de couleurs, coordination de mouvements, test de mémorisation, simulation de freinages, etc. Ne dit-on pas vulgairement qu'une voiture de course, on ne la conduit bien qu'avec son c… ? Chez « Formula Medicine », on applique la maxime en invitant le pilote à effectuer ces exercices assis sur une planche mouvante, ce qui le force à se maintenir en équilibre sur son fondement. Il existe des variantes : en pédalant sur un vélo, ou après avoir fait de la course à pied, en tentant de le distraire, etc.

Plus de 500 candidats dont une cinquantaine de pilotes de F1 sont déjà passés entre les mains du Dr Ceccarelli dont le groupe occupe une trentaine de personnes (sept à temps plein). Outre le travail effectué à la base – « essentiellement pendant l'intersaison, entre octobre et mars » –, des membres de son équipe sont incorporés à cinq teams de F1 : Toyota, Super Aguri, Ferrari, Renault et Toro Rosso. « Il s'agit de préférence de médecins qui ne sont pas des passionnés de F1 ; cela les distrairait par trop de leur objectif principal. » Depuis un peu plus d'un an également, sept médecins émanant de son équipe assurent la sécurité sur tous les essais privés. « Grâce à cela, je crois qu'on a la particularité d'avoir réussi à mettre les 11 équipes de F1 d'accord entre elles, une première ! », sourit Riccardo Ceccarelli.

L'aboutissement d'un travail de sape aussi. « Vu la réticence des teams, il m'était bien sûr difficile de m'imposer à l'époque. Je devais donc parfois ruser pour placer des appareils de mesure sur les pilotes. Ils étaient souvent encombrants, et je ne vous dis pas le nombre de fois où j'entendais les ingénieurs jurer et me dire que cela n'aiderait jamais leur pilote à aller plus vite ! Le fossé était d'autant plus grand que contrairement à de très nombreux sports pour lesquels les coachs sont bien souvent d'anciens pratiquants de haut niveau, je ne suis bien sûr pas un ancien pilote de F1 ! Difficile parfois, dans ce contexte, de convaincre un pilote d'adopter tel ou tel comportement, ou de pratiquer tel ou tel exercice… Dans le même ordre d'idée, on sait aussi qu'un pilote ne descend jamais de voiture en se demandant comment il va pouvoir s'améliorer physiquement. Il cherche des solutions techniques pour la voiture, pas pour lui… »

Pourtant, au fil du temps, Riccardo Ceccarelli parvint à dégager certaines conclusions intéressantes à ses recherches. Et à élaborer certains exercices en conséquence. « Il n'y a pas sport plus stressant que la F1, lance-t-il. Le nombre moyen de pulsations cardiaques pendant la durée d'un Grand Prix varie souvent de 160 à 180. Et cela pendant 1 h 30 ! Un jour, j'ai suivi un pilote qui, parti 10e, s'était rapidement retrouvé 7e et “croisait” à une moyenne de 160 pulsations/minute. En fin de course, son team l'a poussé car la 5e place était en vue. Il a gagné 2 à 3 dixièmes par tour, ce qui a fait monter son rythme cardiaque à 175/min. Le Grand Prix faisait 60 tours. S'il avait gardé ce rythme, il aurait donc pu gagner… 20 secondes sur l'ensemble du Grand Prix ! Il avait la capacité physique de le faire, mais pas la capacité mentale ! Conclusions ? Le cerveau est plus important que les muscles. Mais en même temps, l'entraînement, c'est la thérapie. Plus le physique est entraîné, plus le mental sera disponible… »

Travailler la tête des pilotes tout en soignant leur physique, vaste entreprise… « Le cerveau est quelque chose de tabou, a fortiori pour un pilote que l'on présente toujours comme quelqu'un de fort, d'indestructible, conclut Riccardo Ceccarelli. Le cerveau peut fonctionner de deux façons : comme une éponge, ou alors se révéler “waterproof”. S'il fonctionne comme une éponge, cela va avoir des répercussions sur votre pilotage. Car cela veut dire que vous allez embarquer vos problèmes, ou ceux de l'équipe ou de votre entourage, avec vous. Je ne le connais pas, mais d'aucuns disent que si Valentino Rossi n'a pas été aussi performant l'an dernier, c'est parce qu'il était miné par ses problèmes de fisc. C'est possible. S'il avait un cerveau “waterproof”, il n'aurait jamais emporté ses problèmes avec lui et se serait concentré sur son pilotage. Notre boulot a pour but “d'imperméabiliser” le cerveau des pilotes qui passent chez nous. En leur demandant parfois d'appliquer ce célèbre proverbe chinois qui dit : “Si tu as un gros problème, tu n'as que deux solutions ; soit tu sais le résoudre et c'est tant mieux, soit tu ne sais pas le résoudre, alors mieux vaut l'oublier tout de suite !” » Comme quoi, même en Formule 1, on en revient parfois aussi à

des méthodes de travail très terre à terre…

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Re: Qu'ont-ils dans le crâne, ces pilotes de F1 ?

Message par Schumired le Mar 23 Sep - 9:28:52

Je comprends pas pourquoi il a dû se battre pour bosser. Les ingénieurs
et directeurs sont parfois déroutants. C'est tellement évident,
logique, qu'un pilote a besoin de se préparer, s'entraîner, c'est un
sportif.

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