McLaren : naissance d'une marque

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McLaren : naissance d'une marque

Message par Modena49 le Mer 30 Juil - 15:27:43

Lassé par les contre-performances des Cooper et encouragé par le succès de Jack Brabham, son ancien chef de file, Bruce McLaren décide de voler de ses propres ailes. En cet automne 1965, il devient ainsi le plus jeune pilote constructeur de Formule 1.



Cette maturité précoce, le Néo-Zélandais la cultive depuis sa plus tendre adolescence. Cloué pendant deux ans dans un fauteuil roulant par une affection à la hanche, il veut rattraper ces moments volés. Ce petit homme souriant, trapu et musclé s'est assez reposé croit-il pour toute une vie. Permis de conduire en poche, le lendemain même de son quinzième anniversaire (l'âge légal en Nouvelle-Zélande), il décroche bientôt sa première victoire dans une course de côte avec la petite Austin "Ulster" familiale. Encouragé par son père, garagiste à Auckland et passionné de sport automobile, Bruce à force de modifications "maison" sur l'Austin ne tarde pas à se forger un joli palmarès mais aussi un solide bagage technique.

Remarqué par Jack Brabham qui lui offre de conduire la seconde Cooper de son écurie pour les Grands Prix du championnat de Tasmanie de l'hiver 1958, il s'affirme comme le meilleur espoir du sport-automobile néo-zélandais et gagne le challenge "Un pilote pour l'Europe". Toujours soutenu et conseillé par Brabham, il se rend directement à l'usine Cooper dès son arrivée en Angleterre où il passe commande du dernier modèle de Formule 2. Accueilli par Charles Cooper, celui-ci le dirige vers un énorme râtelier de tubes de toutes les dimensions et lui déclare d'un ton plus condescendant que paternel: "votre voiture est là, mon garçon. Du moins, je le crois..."Dépité par le côté bourru du personnage et l'aspect peu professionnel des installations, Bruce accepte la situation comme un nouveau challenge et assemble lui-même sa monoplace. Il s'aligne dans les nombreuses épreuves britanniques puis au GP d'Allemagne qui accueille également les F2. Cinquième au classement général sur le Nürburgring, il devance les Porsche sur leur terrain et enlève la catégorie F2. Dès lors, tout va aller très vite. Il rejoint Brabham et Gregory dans l'équipe F1 en 1959 et triomphe aux Etats-Unis. A 22 ans, il devient le plus jeune vainqueur de Grand Prix de l'histoire de la Formule 1.
Pilote-constructeur

Après une nouvelle victoire en Argentine et une impressionnante série de places d'honneur qui lui valent la seconde place au championnat du Monde 1960, sa carrière semble alors se figer. Avec l'avènement de la nouvelle F1-1500 cm3, les Cooper perdent leur suprématie. Le départ de Brabham à la fin de la saison 1961 ne fera que précipiter les choses. Charles Cooper prétend que l'Australien a emporté avec lui tous les secrets de la maison et Bruce n'a désormais plus le droit d'entrer dans le bureau d'études. Dans ce contexte où les pilotes doivent uniquement s'occuper de leur tactique de course et non de la conception et des améliorations possibles, le développement technique des Cooper frise l'immobilisme.

En 1962, Bruce enlève tout de même le GP de Monaco mais c'est le chant du cygne des Cooper. Sous contrat jusqu'à la fin de la saison 1965, il subit son sort de façon discrète et polie mais cet éternel impatient ne peut se contenter de ce gâchis. L'occasion de mettre ses théories en pratique lui est fournie à la fin 1963. Désireux de construire une monoplace allégée qui exploite au mieux le règlement particulier des séries Tasmanes, Bruce se heurte une nouvelle fois au refus de Charles Cooper. Il décide alors de prendre l'opération à son compte. Aidé par son mécanicien personnel, Wally Willmott, un autre néo-zélandais, il débarrasse la Cooper F1 de ses lourds réservoirs latéraux, rigidifie le châssis avec de fines feuilles d'acier qui font office de carrosserie. Teddy Mayer, le frère de Tim jeune pilote américain de l'équipe Cooper de Formule Junior, assume les frais pour une seconde monoplace qui sera assemblé par son mécanicien Tyler Alexander. McLaren, Willmott, Mayer, Alexander, pionniers du Bruce McLaren Motor Racing en 1963 ne savaient pas encore qu'une grande aventure venait de commencer. Les deux "McLaren-Cooper" vertes à bandes argentées ne manquent pas d'allure. Fines et jolies, elles se révèlent également très performantes. Bruce est ainsi le premier pilote néo-zélandais à remporter son GP national. Le titre de Champion de Tasmanie est à portée de main. A Longford, théâtre de l'ultime épreuve, la Cooper de Tim Mayer décolle sur une bosse et percute un arbre de plein fouet. Le pilote est tué sur le coup. Bruce accablé part en dernière ligne sans désir de se battre. Au hasard des abandons, il termine néanmoins second et enlève le titre. En dépit de cette tragédie, l'activité du Bruce McLaren Motor Racing n'est pas mis en sommeil. Les dès sont jetés. Bruce s'est prouvé à lui-même en connaître maintenant assez pour construire et piloter ses propres voitures.

La première McLaren

Disputant quelques épreuves réservées aux voitures de sport aux Etats Unis avec une Cooper-Monaco "usine", Bruce n'a rien pu faire contre la fameuse Cooper-Zerex de Roger Penske. Cet étrange cocktail construit à partir d'un châssis de Cooper F1, habillé d'une carrosserie sport, se joue des grosses "cavaleries" américaines de 500 ch avec son petit moteur Climax 2.7 litres de 240 ch. Mise en vente par Penske, la Zerex prend le chemin de l'Angleterre au printemps 1964. Adaptée rapidement au règlement britannique, propulsée par un moteur Olsmobile de 400 ch, la première McLaren (toujours baptisée officiellement Cooper pour des raisons diplomatiques: Bruce est toujours le premier pilote de l'écurie en F1) va s'imposer à Aintree puis à Silverstone. Pendant que la Cooper-Oldsmobile dotée d'un nouveau châssis plus rigide conçue entièrement par Bruce, triomphe encore à Brands Hatch puis au GP du Canada à Mosport, la première McLaren "d'appellation contrôlée" voit le jour en août 1964. Equipée d'un carrosserie plus efficace sur le plan aérodynamique, cette M1 dévoile rapidement ses ambitions en hissant au niveau de l'invincible Chaparral de Penske lors des épreuves californiennes de fin de saison. 1965 marque une étape importante dans l'évolution de la petite société McLaren. Un accord financier est signé avec le groupe Trojan qui se propose de produire et de commercialiser la nouvelle barquette sous le nom de McLaren-Elva. 24 exemplaires seront ainsi produits dès la première année. De plus, Bruce signe un important contrat avec Firestone pour la mise au point des pneus de compétition. "Chouchou" de Firestone par ses qualités de metteur au point, Bruce est aussi celui de Ford. Il va ainsi participer à l'ensemble du programme Ford parti à la conquête du Mans et même construire pour la firme de Dearborn, une version sport de la GT 40 : la GTX. Toutes ses activités très lucratives amènent Bruce à envisager très sérieusement de se lancer en Formule 1. Contraint à de la simple figuration avec la Cooper pendant la saison 1965, il dénonce son contrat et se met aussitôt à la recherche d'un moteur.

L'enfer de la Formule 1, le paradis de la Canam

Il porte son choix sur le V8 Ford prévu pour Indianpolis. Hélas, le lourd et bruyant moteur américain va perdre toute sa vigueur dans la cure d'amaigrissement réglementaire qui doit faire passer sa cylindrée de 4.2 litres à 3 litres. La jolie monoplace dessinée par Robin Herd, un jeune ingénieur venu de l'aéronautique (où il travailla notamment sur le Concorde), ne sera jamais dans le coup. Reportant out ses espoirs sur la nouvelle série Canam, un championnat nord-américain réservé aux voitures de sport, la petite équipe ne sera guère plus heureuse. Bruce et son équipier Chris Amon figurent toujours parmi les animateurs avec leurs M1 B mais leurs "petits" V8 Oldsmobile de 5 litres ne peuvent rien contre les 6 litres Chevrolet de la Lola de John Surtees. Seule consolation en 1966 pour Bruce: une victoire aux 24 Heures du Mans avec son compatriote Chris Amon. Nouvelle saison de transition pour les Grands Prix de 1967. En attendant le nouveau moteur V12 BRM, Bruce doit se contenter d'un modèle hybride (un châssis de formule 2 animé par un moteur BRM V8 - 2 litres) qui rend plus d'une centaine de chevaux aux "vraies" F1. Après deux GP d'intérim sans plus de succès avec une Eagle prêtée par Dan Gurney, Bruce touche enfin son V12 pour le GP du Canada. Sous l'averse, la nouvelle M5 A affiche de réelles qualités routières et manque de peu la victoire pour sa première sortie. En Canam, l'écurie va enfin gagner les portes du paradis. Pilotées par Bruce et Denis Hulme, les nouvelles McLaren M6 monocoques qui viennent d'adopter la fameuse robe orange, sont imbattables. Bruce enlève le challenge 1967 et... un fabuleux paquet de dollars qui va permettre à l'écurie de Formule 1 de s'étoffer.



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Re: McLaren : naissance d'une marque

Message par Modena49 le Mer 30 Juil - 15:29:56

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Première victoire en F1

Champion du monde de F1 en 1967 avec une Brabham, Denis Hulme prend le pari de rouler en Grand Prix pour McLaren en 1968. La nouvelle M7 A à moteur V8 Ford Cosworth dessinée par Herd va marquer le vrai départ de McLaren en F1. Bruce connaît le bonheur suprême de triompher au volant d'une monoplace à son nom au GP de Belgique. Hulme vainqueur en Italie et au Canada reste candidat au titre mondial jusqu'à l'ultime GP de la saison disputé à Mexico. Arrivée au sommet, l'équipe McLaren ne va cesser de consolider sa position même si elle n'enregistre qu'une seule victoire en 1969. Dans le même temps, la razzia continue en Canam
(11 victoires sur 11 courses). Bruce et Denis, infatigables sont capables de gagner outre-atlantique le lendemain d'un Grand Prix.

Un capot s'envole

Goodwood, par sa proximité avec la nouvelle usine de Colnbrook est devenu la piste d'essai idéale pour la plupart des McLaren. Ce 2 juin 1970, la simple routine se transforme ne tragédie. Bruce teste la nouvelle M8 D destinée à la Canam quand soudain à 270 km/h le capot arrière s'envole. Il est tué sur le coup. A 32 ans Bruce comptait quelques réussites remarquables alors qu'au même âge Colin Chapman ou Jack Brabham n'en n'étaient qu'à leur débuts. Son avenir semblait sans limites...

Palmarès Team McLaren : 1965-70

Formule 1

45 GP disputés - 4 victoires : Belgique (McLaren), Italie, Canada 1968 ; Mexique 1969 (Hulme). 2 victoires hors-championnat : Courses des Champions (McLaren) et Daily Express Trophy (Hulme) 1968
CANAM : 31 victoires sur 40 courses
1er des challenges 1967 (McLaren) - 68 (Hulme) - 69 (McLaren) - 70 (Hulme)
FORMULE 5000 :
Championnat d'Europe 1969 et 1970 (Peter Gethin)
Championnat des Etats Unis 1970 (John Cannon)

Tous les pilotes McLaren de formule 1 (1966-70)... facultatif

Andrea de ADAMICH (I)-Derek BELL (GB)-Jo BONNIER (S)-Vic ELFORD (GB)-Nanni GALLI (I)-Peter GETHIN (GB)-Dan GURNEY (USA)-Dennis HULME (NZ)-Bruce McLAREN (NZ)-John SURTEES (GB)-Basil Van ROOYEN (ZA)-Reine WISELL (S)

234 voitures de courses construites en 6 ans !

M1 A : (1964-65) barquette sport, moteur Oldsmobile V8 (24)
M 1B ou Mk 2 aux USA (1965-66), barquette sport, moteurs V8 Chevrolet ou Ford (28)
M 1C ou Mk 3 aux USA (1966-67), barquette Canam, Moteur V8 Chevrolet (25)
M2 A : (1965) prototype formule 1, moteur V8 Oldsmobile, (1)
M2 B : (1966) Formule 1, moteurs V8 Ford ou Serenissima, (2)
M3 : (1966) Formule libre, moteurs V8 Ford ou Oldsmobile, (3)
M 4A// M4 C : (1967-68), Formule 2, Formule 3, Formule B, (25)
M4 B : (1967) Formule 1, moteur BRM V8-2.0 l, (1)
M5 A : (1967) Formule 1, moteur BRM V12-3.0 l, (1)
M6 A : (1967) Canam "usine", V8 Chevrolet, (3)
M6 B : (1968) Canam "clients", V8 Chevrolet ou Ford, (28)
M6 GT : (1969) Coupé Sport, V8 chevrolet, (2)
M7 A : (1968) Formule 1, moteur Ford Cosworth, (3)
M7 B : (1969) Formule 1, moteur Ford Cosworth, (1)
M7 C : (1969) Formule 1, moteur Ford Cosworth, (1)
M7 D : (1970) Formule 1, moteur Alfa Romeo, (1)
M8 A : (1968) Canam "usine", V8 Chevrolet, (3)
M8 B : (1969) Canam "usine", V8 Chevrolet, (3)
M8 C : (1970) Canam "clients", V8 Chevrolet, (15)
M8 D : (1970) Canam "usine", V8 Chevrolet, (3)
M9 A : (1969 Formule 1, 4 roues motrices, V8 Ford Cosworth, (1)
M10 A : (1969) Formule A/5000, V8 Chevrolet, (17)
M10 B : (1970) Formule A/5000, V8 Chevrolet, (21)
M12 : (1969) Canam "clients", V8 Chevrolet, (15)
M14 A : (1970) Formule 1, V8 Ford Cosworth, (3)
M14 D : (1970) Formule 1, V8 Alfa Romeo, (1)
M15 A : (1970) Formule Indy, moteur Offenhauser, (3)
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