Claude Ballot Léna

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Claude Ballot Léna

Message par Modena49 le Lun 30 Juin - 12:21

Plus d'une cinquantaine de courses de 24 heures, dont 23 au Mans, un palmarès capable de remplir le Bottin de la Lozère près de trente ans de carrière... Pour Claude Ballot Léna, l'important n'était pas d'être champion, mais simplement " de faire sérieusement un truc qui te plait ". Au-delà du pilote, rompu à toutes les disciplines, il y avait un homme attachant dissimulant des trésors de tendresse dans sa grande carcasse faussement nonchalante. Un fabuleux conteur aussi, souvent malicieux, mais avec le ton juste des gens doués pour la vie qui n'ont rien à prouver.
"Je ne suis pas un amoureux de l'automobile. Si je suis venu à la course, c'est par amour de la compétition." Et la compétition, Ballot connaît avant même de prendre le volant en course. A 19 ans, cet athlète est capable de gagner une course de vélo l'après-midi au "Vel d'Hiv" et de remporter un match de boxe le soir même ! Sportif par goût de l'effort et des défis, mais sportif au sens le plus noble du terme. De cette époque , il gardera un nez cassé, une forme éblouissante mais aussi un respect pour l'adversaire et une lucidité de tous les instants sur ses propres aptitudes. C'est dans le même esprit qu'il aborde la course automobile. Un peu par hasard, pour voir si on s'y amuse.

Une nouvelle aventure où le dilettantisme ne sera jamais qu'une façade. Ce grand gaillard, bon vivant à la gouaille toute parisienne ne fera jamais les choses à moitié. De ses premiers combats sur le ring, il a gardé un sens aigu des réalités. Alors, il va apprendre la course, s'étalonner face à ses adversaires, prendre la mesure du facteur mécanique et jamais, il n'aura la prétention de vouloir "boxer dans une catégorie qui n'est pas la sienne". Après des débuts "pitoyables" au rallye de Saint Cloud en 1962 comme navigateur sur la Porsche 356 d'un ami (" nous étions largués à chaque carrefour, et toutes les Dauphine nous doublaient. C'était vexant à la fin! ") , il décide de laver l'affront en achetant l'une de ses fameuses "1093".

Il court alors le plus souvent possible pour accumuler simplement de l'expérience et sait écouter les "anciens". Quelques belles gamelles mais aussi quelques succès en circuit où il se sent très à l'aise "au contact" dans les pelotons turbulents de 1093, l'incitent à persévérer. Il commande une Berlinette Alpine en 1963 mais déçu par ses caprices, il la troque pour une Simca Abarth 1300. C'est au volant de cette voiture toute ronde, qu'il va commencer à se bâtir un solide palmarès : 37 victoires de groupe ou de catégorie entre 1964 et 65 en rallyes, circuits et courses de côte. Une notoriété naissante qui lui vaut un premier contrat fin 1965 lorsque Abarth lui confie une 1000 TC. En 1966, avec la petite bombe, Ballot gagne pratiquement sa classe tous les dimanches, rentre dans ses frais et goûte parfois aux joies du "proto" avec des barquettes 1000 ou 1600 prêtées au coup par coup par l'usine Abarth. Il participe aussi à ses premières 24 heures du Mans en compagnie de Jean-Louis Marnat sur une Marcos-BMC. Une véritable épopée au milieu du duel Ford-Ferrari avce cette petite voiture qui plafonne à un "200 compteur" en pointe mais qui réussira à terminer 15e et dernière de la course sans jamais avoir réussi à doubler un autre concurrent ! Une foule de souvenirs et d'anecdotes aussi, comme cette réflexion de Jo Schlesser : "dit Ballot, il y en a combien des Marcos en piste, je n'arrête pas d'en doubler !" En dépit de cet emploi du temps pluôt chargé, Ballot commence pourtant à s'ennuyer. Il en assez de se cantonner dans les épreuves nationales et de se contenter des victoires de catégorie. Il quitte alors Abarth pour se lancer en Formule 3. "Une grosse bêtise! Je connaissais rien aux réglages d'une monoplace et en plus, je me suis fait avoir par un Anglais qui m'a vendu un Ford Anglia poussif au prix d'un Cosworth". Résultat, une cuisante série d'échecs, un gouffre sur le plan financier et des gros soucis pour l'avenir.

LES ANNEES PORSCHE

La Brabham F3 revendue, il décide de s'acheter une Porsche 911, chez Auguste Veuillet, l'importateur, qui fit lui-même débuter une 356 au Mans en 1953. Entre les deux hommes, le courant passe immédiatement. Outre une remise intéressante, Ballot peut compter sur l'assistance client de la nouvelle écurie Sonauto-Porsche. Après trois succès dans des rallyes régionaux, le client privilègié devient membre à part entière de l'équipe. C'est le début d'une période faste où le circuit va prendre peu à peu le pas sur le rallye. "Pour aller vite dans les spéciales, il faut se facher. Moi je rigole en conduisant. Je ne suis pas assez méchant en rallyes." Pourtant, le sourire aux lèvres, Ballot va tout de même se payer la victoire en GT au Tour de Corse 1969 et une belle seconde place en Tourisme au Monte Carlo 1971 avec une BMW 2002 Ti. En circuit, la Porsche 911 S de l'équipe Sonauto pilotée par le duo de choc Ballot Léna-Chasseuil ne tarde pas à faire figure d'épouvantail.

Au Mans, en 1968, premières étincelles d'un feu d'artifice. En tête de la catégorie GT à moins d'une heure de l'arrivée, Chasseuil revient à pied dans un stand où l'on débouche déjà les bouteilles de champagne. Rien à faire, non plus en 1969, où ils doivent se contenter de la seconde place en GT derrière l'intouchable 911 du Belge Gaban. Et puis soudain, la réussite change de camp. Aux 1000 km de Paris, d'abord, les Français tiennent leur revanche, puis aux 24 heures de Spa et enfin au Tour de France, où le duo pour une fois dissocié prend les 3e et 4e places.

En 1970, promotion Porsche oblige !, c'est avec une 914 qu'ils disputent le Mans. Sous les trombes d'eau, la faible puissance du flat 6 se transforme en atout. "elle était agile avec ses petites roues sous l'averse. On allait plus vite que les gros protos qui partaient en aquaplaning. On s'est bien amusé mais dès que la piste a séché, qu'est-ce qu'on ramait dans la ligne droite. Pas vu, pas pris, je m'allumais une cigarette pour passer le temps et je la planquais à Mulsanne à cause de commissaires perchés sur le talus !" Se faisant de "l'argent de poche" sur le tournage du film "Le Mans" de Steve McQueen les deux compères, décident de réaliser leur rêve : piloter un proto. Ils louent une Porsche 908 au Martini Racing pour les 1000 km de Paris, mais l'expérience leur laisse un goût amer. Seul Claude aura l'opportunité d'effectuer un relai avant de se voir "confisquer" le volant par Géreard larrousse qui vient d'abandonner avec la Porsche 917 de l'équipe.

Avec le soutien de Sonauto et de BP, ils décident de ne pas rester sur ce demi échec et achètent une Porsche 908 entièrement reconditionnée à l'usine pour la saison 1971. Leur première sortie se solde par une victoire, heureuse mais indiscutable, aux 3 heures du Mans. Comptant parmi les meilleurs équipages privés de 908, ils se classent 5e à Spa, 7e au Nürburgring avec leur proto aux couleurs psychédéliques. Aux 24 heures du Mans, la belle aventure se termine au petit matin du côté de Maison Blanche. Chasseuil est indemme mais la 908 est détruite. La première période Porsche s'achève. L'ère Ferrari débute et avec elle, la carrière de Ballot va prendre une véritable dimension internationale.
L'aventure américaine

Troisième du Tour Auto 1971 et premier en GTS avec une 911 derrière les protos Matra de Larrousse et Ferrari de Jabouillle, mais sans volant en circuit depuis Le Mans, Claude est alors appelé par son vieux "pote" Andruet qui cherche un équipier pour les 1000 km de Paris. Pour ses débuts en course, la Ferrari Daytona de Charles Pozzi encore très "civilisée" se comporte plus que bien et enlève la 3e place. C'est le début d'une longue complicité avec Ferrari France et d'une belle histoire d'amour avec la Daytona "elle était lourde et fatiguante à conduire, freinait mal mais elle était solide et pardonnait tout en contre-braquage. Un régal !" Deux victoires consécutives en GTS aux 24 heures du Mans assorties d'une 5e et d'une 6e place au scratch en 1972 et 73 achèvent d'assoir sa réputation de spécialiste de l'endurance. Solide, Ballot sait aussi être rapide dans les courses plus brèves.

Toujours en 1973, mais avec une Porsche Carrera RSR, il s'impose à Nivelles, Imola, Montlhéry et aux 300 km du Nürburgring devant les meilleurs spécialistes allemands et enlève le championnat d'Europe GT. Dans le même temps, il découvre la course aux Etats Unis. Essuyant des fortunes diverses aux 24 heures de Daytona en 1973 et 75 avec des Ferrari du NART, il se promet de revenir. Sa réputation de spécialiste des 24 heures, lui ouvre des portes et en 1976, sur une Porsche Carrera avec Al Holbert, il est bien près d'enlever la victoire à Daytona. Une sombre histoire de dépassements sous drapeau jaune donne la victoire à BMW, par ailleurs sponsor de l'épreuve ! De retour en France, il se lance dans le championnat des voitures des production dont il fut l'un des ardents promotteurs et rencontre à cette occasion un mécène enthousiaste ; Jean-Marc Smadja. Une collaboration qui débute sous les meilleures auspices, dès 1977, par une 3e place au Mans (son meilleur résultat) avec une Porsche 935.

L'année suivante, avec le soutien de JMS-Racing, Ballot va concrètiser son vieux rêve : piloter en Nascar. Quatorze ans après Jo Schlesser, Claude Ballot Léna est le deuxième pilote français qualifier aux 500 Miles de Daytona avec une Dodge. "Le Nascar, c'est l'aventure à l'état pur . Contrairement à ce que l'on pense en Europe, le pilotage est extrêment technique. En plus, il faut un gros coeur, pour arborder les courbes de l'ovale à plus de 300. Tu me connais, j'en ai vu beaucoup, mais pendant longtemps, je n'arrivais pas garder le pied enfoncé sur l'accélérateur. Un jour, Bobby Allison m'a offert un paire de "Santiag" avec un petit sourire. Il me montrait le talon biseauté, et me disait simplement de le caler sous la pédale !" Ballot disputera 14 courses en Nascar entre 1978 et 1979, avant d'être victime d'un grave accident à Atlanta dont il gardera les séquelles malgré une rapide récupération.

Après un nouveau crash, il décide d'arrêter les frais et à quarante-trois ans, il parle même de raccrocher. Et puis, une nouvelle monte au Mans sur une Ferrari BB lui laisse un goût d'inachevé sous le déluge, on aurait pu profiter de la déroute des protos et des "grosses" 935. Pas question de cultiver les regrets et Ballot repart en 1980. Daytona, la production, et à nouveau Le Mans sur une BB. Un festival ! " des problèmes d'allumage nous relèguent à la 50e place à la premère heure. Avec Andruet et nos "Michelin miracles" nous remontons 24 places en 120 minutes. Jean-Claude est déchaîné et je tiens la cadence. Pendant mes deux relais, seuls deux pilotes réussiront à me doubler Stück et Wollek !"

Malgré cet exploit, la réussite n'est pas au rendez-vous. Pourtant la première moitié des années 80 verra le palmarès de Ballot se dorer des plus belles parures victoires en IMSA en 1981 (enfin) avec Andruet et la Ferrari BB, en 1985 avec la Jaguar de Tullius, en 1986, avec la Porsche 961 expérimentale. Et puis, en 1983, la victoire absolue aux 24 heures de Daytona sur une 935 avec Bob Wollek et A.J. Foyt. "Super ! mais l'arrivée, il n'y en avait que pour "Aïe Jay" alors qu'avec Bob, on avait fait tous les relais de nuit et ceux de jour sous la pluie.. Enfin, Foyt loin des caméras s'est montré très reconnaissant et on est devenu potes" Après trois saisons allègées, Claude se relance en 1988 avec la fougue d'un jeune homme dans un vaste programme combinant IMSA avec une Porsche 962C le championnat du Monde avec une Spice. Et encore une avalanche de places d'honneur à Miami, Jarama, Monza, Dijon, Brands Hatch... mais aussi une grosse chaleur à Daytona en 89, lorsque la 962 part en tonneau avec le plein de carburant. Et puis des problèmes de vues la nuit au Mans sur la 962 qu'il mènera la 6e place avec Pescarolo et Ricci. Trop lucide sur son âge et ses capacités à piloter des machines frisant le 380 en pointe, Claude sait qu'il est temps de se retirer et en septembre 89, à l'issu des 1000 km de Spa, il décide de mettre un terme à son longue carrière. Il a plein de projets, le golf, ses enfants, ses copains, un restaurant où il raconte ses vies, les gens, la course...

Et puis, cette P... de maladie qui le torture pendant des mois avant de le vaincre par un gris dimanche de décembre 1999.

Repères

Né le 7 mars 1936 à Paris.
Débuts en course en 1962 (Dauphine 1093)
1er des 24 heures de Spa 1969 (Porsche 911 S)
Champion d'Europe GT 1973 (Porsche Carrera RSR)
Champion de France des circuits (GT) : 1972/74/75/77
23 participations aux 24 heures du Mans de 1966 à 1989 meilleur classement : 3e en 1977 ; vainqueur en GT/GTS : 1970/72/73 ; en IMSA (1977/81), en IMSA/GTP (1985), en IMSA/GTX (1986).
1er des 24 heures de Daytona 1983 (Porsche 935)
sourcecarasidiac
Un mythe, Une passion, une légende
Ferrarisimo nel sangue e nel cuore da allora sempre
Je n'ai jamais été un grand constucteur.
Je n'ai jamais rêvé de le devenir.
Je reste un artisan provincial."


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